Posthumains et séries

Posthumains et series

Posthumains et series : quelques mots

Le phénomène des séries n’est pas nouveau mais posthumains et séries proposent une réflexion sur  le passage de la révolution industrielle à la révolution des biotechonologies. Ce qui est aussi sans doute nouveau c’est la temporalité dans posthumains et séries. Si avant on se penchait sur les origines, aujourd’hui on se tourne vers demain, vers le « post » de l’humain. Posthumains et séries se penchent sur cette question : quelle est la représentation du posthumain dans les séries TV post 2000 ? On parle donc ici surtout de séries de sciences-fiction qui mettent en scène des détectives dans de nouvelles configurations.

 

Illustration satirique de Gerhard Haderer

Posthumains et séries : la figure du détective

Cette figure s’inscrit dans la modernité tout en puisant dans la mythologie. Il donne du sens et cherche à retrouver une signification jusqu’au moment où, enfin, le coupable est démasqué. Si la figure du détective est souvent duelle, il est pour autant celui qui restaure l’ordre. Il est, en repoussant la figure déviante, celui qui conforte la stabilité identitaire. Fringe, de son côté, est l’un des meilleurs exemples « d’hybridation » entre le récit policier et celui de science-fiction. 

Alors qu’en plein développement d’une technologie du progrès, les sciences naturelles explorent les vestiges du passé, les rapports posthumains et séries poussent vers de nouvelles problématiques. Avec la théorie de l’évolution non seulement le temps s’étire jusqu’à ce qu’on appellera bientôt la préhistoire mais ces sciences mettent aussi en « relief » des vides entiers, inconnus de notre passé. Ces disparitions d’espèces et l’origine simiesque de l’homme font surgir l’angoisse et bousculent l’ordre traditionnellement établi. C’est bien ces espaces que posthumains et séries explorent dans tous les sens !

Posthumains et séries : le temps modifié

Le futur cataclysmique, nous dit l’auteure, constitue, en général, l’espace-temps des devenirs de l’humain. Dans ce contexte la figure du détective n’est plus aussi claire. Dans ces fictions, la dimension politique et collective est planétaire voire universelle. On entrevoit que la question sous-jacente, posée par posthumains et séries, est celle de « faire monde ». En outre, ces fictions, à la manière d’un roman policier, partent toujours d’un résidu à transcrire de manière cohérente. Mais le cataclysme a pour effet de faire disparaître cette capacité à restituer du sens. Heureusement le post surimposé au cataclysme permet alors d’envisager un après. Les personnages qui sont là sont, de nouveau, souvent des détectives ou des « figures d’herméneutes » qui, grâce à des traces, peuvent tenter une réintroduction de sens comme on le voit dans The 100 et The leftovers. Où encore à l’image d’un Rick dans The Walking Dead.     

Illustration de Daniel Garcia

Posthumains et séries : autres corps

Dans les séries la question du corps est centrale insiste l’auteure car il renvoie par « métonymie au monde ». Cette partie passionnante de cette enquête poshumains et séries nous indique premièrement qu’introduire un trouble dans le corps c’est incorporer de l’incohérence dans le monde. Deuxièmement, ces corps mécaniques, en général, posent la question du devenir humain de l’artificiel et non du devenir de l’humain. Falling Skies en pointe, par exemple, les dangers tandis que The Event pose autrement la question. Troisièmement, sentiment et affect donnent toute sa place au corps pour venir à l’humain. Cependant mémoire et souvenir, posant cette fois l’esprit comme impératif, interroge aussi ce devenir.

La série Caprica raconte la genèse de Battlestar Galactica et pose ainsi la question du corps biotechnologique, de l’environnement créé par le numérique et de l’interface écranique. On arrive dans cette évolution à une critique de la distinction homme/machine sur le mode critique masculin/féminin. Poshumains et séries nous interrogent sur la place des corps dans notre société et sur le devenir aussi du corps dans la définition de l’humanité.

Posthumains et séries : le sujet

L’ ouvrage nous présente ensuite cette ambition, toujours renouvelée, d’un esprit qui se libère de sa prison corporelle. En conséquence dans la série de Altered Carbon le corps est réduit à une enveloppe et seul l’esprit est digne. Blade Runner et Matrix creusent aussi cette question en pensant l’évolution de l’esprit dans un cadre dématérialisé et une réalité virtuelle. Pourtant la question d’un sujet numérique est-il pensable ? Person of Interest met justement en scène cette réflexion avec cette idée aujourd’hui de plus en plus affirmée que la vie d’une personne n’est plus dans le cœur ou le souffle mais dans le cerveau. Dans ce nouveau monde, le temps n’est plus linéaire et la sérialité pose autrement la question de la fin avec un présentisme atemporel. Dans le même temps l’image-écran prend une nouvelle dimension. On le voit posthumains et séries interrogent l’anthropologie ce qui confère une dimension programmatique à cet ouvrage.

Posthumains et séries : pour finir

L’ ouvrage souligne dans une dernière partie d’une grande densité comment les séries évoluent de plus en plus vers des complexités narratives et stylistiques pour en faire surgir une nouvelle esthétique. 

Voici, au final, un ouvrage d’une grande densité et d’une réflexion incisive qui fait intervenir un contenu varié tant dans le domaine de l’histoire, de la littérature que de la philosophie. Les illustrations, judicieusement choisies, complètent la réflexion avec justesse. Un ouvrage à savourer avant, pendant et après une série pour mieux en déguster chaque instant !

Posthumains et séries : le livre et l’auteur

Le livre

Depuis les années 2000, la fiction s’est peuplée de créatures artificielles et d’humains augmentés, de mondes virtuels ou parallèles, d’intelligences artificielles et de mondes postcataclysmiques qui renouvellent les questionnements sur l’identité humaine. Avec l’avènement des séries à narration complexe, la fiction explore à l’écran les possibles devenirs de l’humain. En s’appuyant sur des séries qui hybrident science-fiction et récit policier, ce livre étudie les représentations du posthumain à l’écran. De Fringe à Westworld, de Person of Interest à Sense8, Mr Robot, The Expanse ou The Handmaid’s Tale, les nouveaux détectives du futur croisent androïdes, cyborgs, robots et clones dans des séries télévisées qui nous interrogent sur l’avenir de l’être humain. voir plus

L’auteur

Hélène Machinal est professeure en Études anglophones à l’Université de Bretagne Occidentale et membre de HCTI (EA 4249). Elle est spécialiste de littérature policière, fantastique et de fiction spéculative fin XIXe, et travaille sur les représentations du posthumain dans les séries TV contemporaines.

Elle est membre associée de l’observatoire de l’imaginaire contemporain.  Lire plus

Posthumains et séries : pour aller plus loin

L’Observatoire de l’imaginaire contemporain

L’Observatoire de l’imaginaire contemporain est le projet phare du Centre Figura. Il s’agit d’une plate-forme encyclopédique en ligne consacrée à la compréhension de l’imaginaire contemporain, dans ses aspects artistiques, littéraires et culturels, ainsi que théoriques et épistémologiques, et porte sur les productions esthétiques actuelles, leurs principes et fondements, leur poétique, leurs objets, leurs effets de lecture et de spectature.Lire plus

La presse en parle

C’est une évidence qui explique l’origine de cet ouvrage, telle qu’ainsi énoncée par l’auteure dès ses premières pages… lire la suite

Après Goldorak, Game of Thrones et X-Files, l’excellente collection d’ouvrages universitaires Serial traite du thème des posthumains. Depuis…lire la suite

Dans sa sélection de l’année « Histoire en série » revient sur le livre d’Hélène Machinal…Ecoutez la suite

Nous vous invitons à découvrir d’autres articles consacrés à notre collection Iconotextes. Voir ici

Rencontre avec le philosophe Jean-Michel Besnier. Il nous explique ce qu’est le Transhumanisme. Document France 24

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *