Penser les migrations

« Penser les migrations » explore les différentes échelles de déplacement de population sur l’ensemble de la planète et selon toutes les typologies existantes. En outre, « Penser les migrations » revient sur trente ans d’expérimentation au sein du laboratoire Mingrinter. Le contenu met précisément et concrètement en avant ces initiatives pertinentes et efficaces. « Penser les migrations » c’est l’exploration nouvelle de ces problématiques jusqu’à nous pousser, littéralement, à « repenser la société » et notre manière d’être au monde.

Penser les migrations : le livre en quelques mots

Source : OCDE

L’ouvrage se veut ainsi fondamentalement pluridisciplinaire. Il se divise en quatre parties. La première se penche sur l’État et les institutions face aux flux migratoires. Puis, les contributeurs abordent la question des migrations et mobilités sociales. La troisième partie joue sur les effets d’échelle et aborde les parcours de vie. Enfin, l’étude se termine par la thématique urbaine touchant à la question des logements.

Le rapport qui s’élabore entre migrants et État dépasse la problématique de la frontière qui a été largement médiatisée. Voici un des premiers mérites de ce livre. Il nous interpelle sur la construction de la figure de l’étranger au travers des lois et des pratiques de l’État. D’ailleurs, ce sont les pouvoirs publics qui déterminent la limite entre migrants légitimes ou non. En conséquence, la ligne de partage est complexe et ne recouvre pas la dichotomie migrants réguliers ou irréguliers. 

Par exemple, le cas de la situation dans la province du Nouveau-Brunswick au Canada est limpide. Cette région emploie des étrangers dans les conditionnements de produits marins tout en étant confrontée à un fort taux de chômage. Les syndicats rejettent la venue de personnes étrangères, mais dès lors que celles-ci sont dans la catégorie des ouvriers, ils les défendent en tant que travailleurs.

Penser les migrations : la mobilité

La seconde partie aborde une thématique qui semble propre à notre siècle : la mobilité. On découvre, dans cette partie, que les migrations pour poursuivre des études sont peu analysées. On est, notamment, frappé par ce contexte de marchandisation mondiale des études. L’université de Moncton, au Nouveau-Brunswick (Canada), par exemple, s’oriente vers la francophonie internationale afin de construire une véritable politique de recrutement. De ce fait, elle a conquis les élites maliennes. On assiste finalement à une véritable reproduction d’une élite sociale malienne qui empêche toute une autre catégorie sociale de s’élever.

Le chapitre six se penche sur la mobilité des migrants liée à la santé. Or, on remarque que les médecins étrangers ont bien du mal à obtenir des postes à responsabilité au sein de l’administration hospitalière française. Ici, l’origine des diplômes joue de fait une sélection tacite comme le disent ces médecins italiens ou cet angiologue chinois. Du reste, le « système de sélection propre à ce corps » fait que les intéressés considèrent plus leur parcours comme de la mobilité que comme de la migration.

La mobilité scientifique est d’ailleurs en augmentation depuis 1990. Le chapitre qui suit, cette fois, analyse les ressorts de ces mobilités et leurs conséquences pour les pays d’origine et d’accueil. Basée sur une centaine d’entretiens, la contribution est centrée sur l’étude du parcours de deux jeunes sud-américains : Franco du Chili et José de Colombie. Cette analyse permet de comprendre que le réseau de relations se modifie en fonction du sujet de recherche, des partenaires scientifiques, mais aussi des liens amicaux, familiaux et, bien sûr, de liens anciens établis avec des universités ou des directeurs réputés (effet tunnel).

Dans le chapitre huit, on découvre que les Marocains ont, avec les Libanais, le plus fort taux de dispersion avec des situations très diverses en Europe.

 

Source : OCDE

Penser les migrations : parcours de vie

Le chapitre neuf consacré aux Harragga tunisiens part à la recherche des contraintes et des opportunités de ces migrants. Cet article présente la trajectoire de Karim et Zoubaier à partir d’une démarche qualitative socio-anthropologique qui détaille les liens sociaux et les différents soutiens qui s’établissent selon les différentes situations et lieux de passage : famille, quartier, harragga. De surcroît, on retrouve une grande ambiguïté de tous ces réseaux qui se révèlent autant protecteurs que « corrupteurs ». Cette migration non documentée montre un pragmatisme constant.

Le chapitre dix se plonge, à l’inverse, dans la question « de la matrice biographique ». Cette analyse se situe d’abord dans le cadre du programme CIMORE qui se penche sur les circulations migratoires. Autrement dit, comment le migrant donne du sens et utilise l’espace, mais aussi comment il reconfigure celui-ci.

 

Le chapitre onze explore, de son côté, les liens entre immigration et militantisme. Il s’agit ici de croiser travaux de recherche et projets associatifs dans une dynamique de productions d’archives orales. Nous sommes face à une coopération réussie entre associatifs, conservateurs, communicants et universitaires, mais il existe aussi des contre-exemples. Des collaborations qui ne prennent pas pour diverses raisons et qui, du reste, sont aussi passionnantes comme objet d’études.

Penser les migrations : prendre place dans la ville

Cette partie propose d’étudier en quoi les migrants, avec les autres groupes d’habitants, contribuent à transformer les espaces urbains alors même qu’ils en subissent les contraintes.

Le chapitre douze, commerces et migrations, travaille sur les « lieux et moments d’interaction entre une offre marchande particulière et les usagers des rues dans lesquelles cette offre est concentrée ». Cette approche, à l’origine nord-américaine, parle de « superdiversité » et prend pour base huit espaces marchands parisiens. Ces lieux ne sont pas seulement des espaces de violences, de replis, mais ils sont aussi des lieux d’échanges, de fusions, et de réactualisation constante.

Dans le chapitre treize, on décrit la vie des marchands sénégalais à Buenos Aires. On a là une migration sud-sud intercontinentale, effet collatéral des blocages au nord. Concentrés dans le quartier d’Once, il s’agit de voir comment ces Sénégalais investissent le commerce de proximité. 

Mobilité à Valence et Beyrouth, dans le chapitre quatorze, sont étudiées, à nouveau, dans la cadre du programme CIMORE avec une méthode combinatoire (observations, questionnaire, entretien) qui est originale. La dynamique des lieux et les logiques migratoires sont bien établies grâce à cette méthode. 

Le chapitre quinze se penche sur la visibilité des Français au Maroc (Marrakech et Essaouira). C’est, en fait, l’activité économique des Français au Maroc qui les rend bien visibles notamment en transformant les quartiers des centres-ville. Continuant de véhiculer un certain nombre de préjugés vis-à-vis de la société marocaine, ces Français, pourtant, ne se sentent pas et ne veulent pas être un groupe distinctif.

Le chapitre seize se penche sur les Roms roumains dans le quartier populaire d’El Cabanyal à Valence. Les familles roms y habitent des logements très modestes mais normalisés.

Source : OCDE

Conclusion

Le livre est foisonnant aussi est-il difficile d’en faire jaillir, dans une courte présentation, toute la sève. Les différentes contributions explorent des sujets qui touchent au quotidien des populations, des autres, de nous… Autant dire que ce livre paraît indispensable, plus encore en période Covid, à qui veut se donner les moyens de comprendre tous les déplacements de populations sur le globe. Il est surtout incontournable pour qui souhaite s’extraire de tous les « préjugés ». Un livre précieux donc à faire connaître !

Penser les migrations : le livre et l’auteur

Le livre

Penser les migrations

Les migrations internationales contribuent à définir l’État et ses formes de citoyenneté. Elles modifient les relations professionnelles, transforment les espaces géographiques et jouent un rôle fondamental dans les expressions artistiques. Par effet miroir, les pratiques des migrants sont, elles aussi, tributaires des contraintes et opportunités qu’ils rencontrent dans les espaces qu’ils traversent, sinon investissent. Lire la suite

Les auteurs

Fathallah Daghmi est maître de conférences à Poitiers, laboratoire Migrinter
Françoise Dureau est Directrice de recherche honoraire IRD, laboratoire Mingrinter
Penser les migrations
Nelly Robin est géographe, Directrice de recherche au CNRS, laboratoire Migrinter.
Thomas Lacroix est chercheur en géographie au CNRS, laboratoire Migrinter.
Yann Scioldo-Zürcher-Levi est chercheur au CNRS, laboratoire Migrinter

Penser les migrations : pour aller plus loin

L’écho des médias

 

Penser les migrations

Un ensemble de thèmes, d’approche, de réalités très diversifié qui peut apporter des exemples précis à une étude des migrations. Lire tout l’article

Le Dessous des Cartes revient sur la question migratoire

Les migrations au XXIe siècle dans Le Dessous des Cartes

Découvrir le laboratoire Mingrinter

Penser les migrations

Migrinter est un laboratoire de recherche spécialisé dans l’étude des migrations internationales. Créé en 1985 par le géographe Gildas Simon, Migrinter contribue à institutionnaliser les études migratoires, tant au niveau national qu’au niveau international. Ses membres (chercheurs, enseignants chercheurs, personnels d’appui et de soutien à la recherche) œuvrent pour une approche comparative et pluridisciplinaire des migrations (géographie, anthropologie, droit, histoire, sciences de l’information et de la communication, sociologie, etc.). En savoir plus

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