L’ultra-bref

L’utra-bref, la fulgurance voici des termes et des réalités liées indubitablement entre elles. L’ultra-bref ou le temps de la fulgurance dévoile ce lien indissoluble entre un mot, une phrase et l’instantané. Mais cette concision, y compris dans l’art, peut aussi transformer l’instant en un temps suspendu. Les oeuvres, par exemple, d’Ernest Pignon-Esnest, bien qu’éphèmères s’inscrivent dans la mémoire des passants, dans leur expérience et deviennent, par là-même, presque « une éternité de la mémoire ». Ce livre nous plonge dans ces interdépendances et interactions passionnantes dans tous les univers des arts : littérature, peinture, cinéma, etc.

L'ultra-bref
Paolo et Fransceca d'Ingres

L’ultra-bref : au commencement était la fulgurance

La fulgurance en poésie est une réalité récente finalement. Il faut attendre la seconde moitié du XIXe siècle pour que des sources d’exultation soient rattachées aux petites unitées d’un texte : locutions, mots…

Du reste, on le voit bien dans le récit de la Genèse le mot fulgurance à une dimension performative qui se manifeste par l’événement. D’ailleurs, création, fulgurance de la parole divine et humaine sont concomittantes.

L’études des noms propres qui vient ensuite est particulièrement stimulante. Emmanuel Vernadakis les présente comme des microfictions grâce à leur potentiel poétique et narratif. Mais il pointe aussi leur caractère performatf notamment chez les hébreux, les premiers chrétiens ou au XIXe siècle lors du développement de l’invention des sciences humaines.

La micro fiction, étudiée ensuite, dévoile sa fulgurance en jouant de l’effet de bric-à-brac, d’humour et de cruauté. On le voit, en particulier, chez Fénéon, Sternberg et Jauffret.

Dans un dernier chapitre Anne Teller révèle les exigences et l’efficacité des récits brefs grâce au refus de la pesanteur, au jeu virtuose de la langue et à la simplicité !

L’ultra-bref : mise en scène de fulgurance textuelle.

Une première étude s’attache à montrer comment dans Jacques le fataliste, la fulgurances des réparties des personnages. Leurs énoncés fugaces par l’insertion de maximes et de récits bref dans le récit principal favorise l’expressivité! Voici que cette esthétique de l’oralité permet une théatralisation du roman !

L’étude qui suit se penche sur Bass et sa manière de restituer les apparitions et disparitions des animaux sauvages par petits touches et effet de suggestion. En outre sa perspective écologique créé ainsi une véritable « poéthique de la fulgurance » qui met en lien chasse, écriture et lecture.

On se penche ensuite sur l’oeuvre de Pascal Quignard qui par le choix du petit, ses Petits traités, souhaitre restituer la multiplicté des facettes du monde contemporain en utilisant la fragmentation et le morcellement. Pour cel, il entremême récits succincts, voire inachevés et fragments discursifs;

L’étude des haikus produit par les poilus pendant la Grande Guerre montre l’exploitation et le renouvellement complet de cette forme tant dans l’esthétique que dans les thématiques. La fulgurance de l’expérience douloureuse de la guerre y surgit et, en particulier, de l’explosion.

Enfin, « La Fausse monnaie » de Baudelaire approfondit la notion de don, celle de spartia tout spécialement, que Baudelaire croit déceler chez son ami. Précisement, dans ce poème prose, la fulgurance surgit de ce don avare et « fallacieux » et dans le brevet, bref et fulgurant par définition, que Baudelaire pensait décerner !

 

Scène de la guerre 1914-1918

L’ultra-bref : arts vivants, arts visuels

Pour débuter cette section, on se penche sur les « tragédies en deux répliques » d’Achille Campanile. La tragédie se joue ici en deux répliques basées sur des blagues.

L’autre étude s’intéresse aux performances sur scène et notamment à la danse. D’ailleurs le chapitre consacré à « une minute de danse par jour » de l’artiste Nadia Vadori-Gauthier dévoile comment le très bref s’inscrit dans une série continue. En effet, Nadia Vadori-Gauthier poste elle-même cet « instant » de danse qu’elle produit là où elle se trouve (voir la vidéo ci-après). Cette minute marque pour elle un engagement après les attentats de Charlie Hebdo.

Par ailleurs, l’approche de Stendhal et du salon de 1824 révèle cette place du bref aussi en peinture. Ainsi, il prend la défense des petits tableaux présentés qui sont présentés car il les estime fulgurants dans la forme, la manière et le sujet. Voici donc une esthétique révolutionnaire fondée sur la concision, la simplicité et l’intensité. 

Enfin, l’étude menées sur le travail d’Ernest Pignon-Ernest pointe la fulgurance produit par ses affiches sérigraphiées placées dans des espaces urbains divers stupéfie le passant à divers titres  ! 

L'ultra-bref
Naples, Antonietta : Photos publiées avec l’aimable autorisation de © Ernest Pignon-Ernest et Philippe Poivret

Ultra-bref : brievetés audiovisuelles. 

 

La première étude consacrée à l’usage des smartphones développe l’idée de l’émergence d’une nouvelle fonctionalité de la photographie. Cette dernière opère, peu à peu, un glissement de la trace mémorielle, bien démontrée par Barthes, vers un présentisme accentuée au service d’un mise en valeur de soi. 

On suit après, l’étude consacrée au journaliste auodidacte Edward R. Murrow. Ces billets radiophoniques de 1940 à 41 ont eu un impact considérable sur les américains et leur engagement dans la Seconde Guerre mondiale.

L’autre étude sur les bande-annonces des films se révèle stimulantes sur ces nouveaux paratextes du film. Leurs constructions, par rapport aux films, révèlent des stratégies bien maîtrisées qui resserrent ou distende les liens entre les deux formes filmiques. Au final, elles deviennent un genre autonome. 

L’analyse de Mindhunter montre comment l’esthétique de la fulgurance permet d’apprivoiser l’horreur.

Pour terminer, on se penche sur les très courts métrages de moins de deux minutes. Ceux-ci jouent sur une esthétique visuelle nourrie d’expérimentation ou sur une poétique narrrative semblable à celles des micro-nouvelles. Ces très très courts métrages fulgurent par leur capacité à marquer les esprits.

Le livre et l’auteur

Le livre

Sidération ! Fascination ! La forme brève dans la littérature, la danse, la photo, le cinéma ou les arts visuels relève de la fulgurance. Elle tient de la performance et de l’éphémère, elle suspend l’instant et exacerbe le détail et l’infime pour créer un choc chez son public.
Quelles sont les forces et les limites de la forme brève ? Lire plus

Les auteures

Karima Thomas est maître de conférences en études anglophones. Elle est, par ailleurs, membre du CIRPaLL, elle est spécialiste d’Angela Carter et des formes brèves (nouvelles, séries, fan-fictions, fan-trailers). Lire plus

Cécile Meynard est professeur de littérature française à l’université d’Angers. Elle est aussi co-pilote l’axe « Nouvelles et formes brèves » du laboratoire CIRPaLL. Lire plus

Pour aller plus loin

Une minute de danse par jour Un projet quotidien de performance initié le 14 janvier 2015 Nadia Vadori-Gauthier

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