« Le temps long du peuplement » dans Villes et territoires

« Le temps long du peuplement » dans Villes et territoires

Dir. Lena Sanders, Anne Bretagnolle, Patrice Brun, Marie-vic Ozouf-Marignier, Nicolas Verdier,  Le temps long du peuplement, concept et mots-clés, Pufr, 2020.

Le temps long du peuplement : L’Idée

Cet ouvrage qui fera date, selon les mots de Denise Pumain, aborde des notions tellement partagées et divisées par le sens commun et les sciences en général, que l’entreprise paraissait démesurée. Géographes, historiens, informaticiens, statisticiens, archéologues croisent ici leurs approches. Très vite, s’est imposée la nécessité de définir les concepts clés qui avaient évolués avec le temps et les disciplines qui les maniaient. Autrement dit, l’équipe a dû mener un vrai travail sémantique indispensable à l’avancée d’un travail en commun. En outre, le choix de la longue durée permet de traquer régularités et spécificités.

Le point de départ choisi est l’habitat, nos façons d’habiter la terre. Il s’élargit ensuite aux formes de regroupement des populations dans les diverses régions de la terre et selon différentes époques. Les traces matérielles concrètes des sociétés sont passées en revue. Mais le livre cherche aussi les significations multiples que les sociétés ont données à cette occupation. Donc, nous dit encore Denise Pumain, « c’est une véritable interprétation du monde qui surgit de cette géo-archéo-histoire. »

Organisation

Le livre ne s’organise pas comme un dictionnaire classique mais chaque chapitre ou partie peut être lu de manière autonome. On trouvera d’abord les concepts les plus génériques, spatialité et temporalité. Ceux-ci partagent des questions d’échelle, de processus et de trajectoire.

Le seconde partie aborde les systèmes de peuplement au travers des thèmes d’émergence, de transmission et de résilience. Ainsi des notions empruntées par d’autres matières sont utilisées. Elles permettent de construire une interprétation générale des formes de nos villages, villes et de leurs manières d’organiser le territoire. La troisième partie étudie les territoires, réseaux et métropoles en scrutant l’évolution sur le temps long de ces structures. La quatrième partie, très originale, s’intéresse aux dynamiques récessives : effondrement, déclin, décroissance. On découvrira avec plaisir, des études de cas, issues des différentes disciplines, qui permettent de mieux comprendre chaque terme. Des dossiers ont été ainsi constitués ! Les encadrés, permettent, eux, d’aller plus loin sur certaines notions théoriques.

Peuplement

Quelles que soit les formes de peuplement, les lieux, les périodes, de fortes régularités se dégagent. Il y a d’abord les interactions avec l’environnement compris comme un espace. Il fournit des ressources provenant de la nature (chasse, cueillette, agriculture, etc…) ou d’un aménagement (infrastructure commerciale). À cela, on peut ajouter les interactions entre groupes humains : complémentarité ou compétition. Enfin, ces interactions sont variables selon les échelles spatiales ou temporelles et sont rythmées par des contraintes et possibilités imposées par les déplacements. Cet ensemble d’éléments en interaction constitue un système.

Or, dans un système de peuplement, nous explique Léna Sanders, deux choses sont en jeu : les éléments et la nature des interactions. Les éléments se sont les groupes : sédentaires ou non, ce sont aussi les établissements : permanents comme les fermes, villages, villes ou temporaires comme les campements, les habitats saisonniers. Quant aux interactions, elles concernent les échanges matériels (flux de biens), de personnes et d’idées (informations) qui lient les groupes. Évoquer le système signifie que ce sont les interactions qui jouent un rôle moteur. Ils apportent la dynamique du système de peuplement en l’amenant à se reproduire ou à se transformer. Ces interactions entraînent une interdépendance. Dans ces systèmes, la notion d’effets de seuils est puissante. Ce seuil peut-être la taille du groupe humain ou la distance à parcourir.

Seuils

D’autre part, ces effets de seuils jouent aussi dans la manière dont les sociétés sont organisées de façon plus ou moins hiéarchisée. Dans les groupes de chasseurs-cueilleurs la nécessité d’un chef émerge au-delà d’un certain nombre de membres. Cela permet d’éviter les free riders. L’autre effet de seuil concerne les distances. Un premier seuil est établi sur la base d’une journée de voyage et le second sur la distance aller-retour parcourue en une journée. C’est ainsi ce qui explique que les territoires centralisés mesuraient souvent 20 à 30 km de rayons. L’amélioration des moyens de communications rendront obsolète cette mesure. Enfin, le troisième seuil, nous est-il dit, correspond au budget-temps qu’un individu peut consacrer à des déplacements quotidiens.

Fin

La surprise majeure « aura été de mesurer combien les divergences de définitions et d’interprétations des concepts étaient souvent liées à de simples discordances de l’échelle spatiale et/ou temporelle. Confronté à ce livre on est parfois dérouté, déstabilisé et c’est tant mieux ! Ce livre est un des premiers ouvrage interdisciplinaires qui interroge les concepts et autres abstractions. Cet ouvrage apporte une mine de connaissances mais il répond aussi à maintes interrogations sur l’avenir des villes.

Le temps long du peuplement : Le Livre 

Le temps long du peuplement Concepts et mots-clés

Trouvez le livre ici

 

Le temps long du peuplement ; Le Laboratoire d’Excellence « Dynamiques Territoriales et Spatiales » (LabEx DynamiTe).

source : labex-dynamite.com

 

Lancé en Avril 2012, le Laboratoire d’Excellence « Dynamiques Territoriales et Spatiales », ou LabEx DynamiTe. Il s’intéresse donc aux effets de la globalisation sur les espaces et les sociétés, ainsi que sur les enjeux du développement durable (…) Lire plus

 

Un autre article sur les villes : ici

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *