Cléopâtre, femme imaginaire

Cléopâtre, femme imaginaire
Cleopatra (recto), 1533-1535 ca., Michelangelo. Firenze, Casa Buonarroti. Planche XII, tirée du livre.

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Cléopâtre, femme imaginaire ou personnage historique ? Qu’en est-il vraiment tant les cartes semblent brouillées ? Cléopâtre, la femme aux mille visages, a-t-elle failli ébranler Rome ? Suétone, Tacite et d’autres ont pris soin de l’accabler vite, très vite. Cléopâtre, femme imaginaire, surgit sous la plume des chroniqueurs. Cette légende noire de la reine d’Égypte s’est très vite répandue au cours des siècles. Qu’en est-il de la Renaissance ? Ce livre décrypte cet héritage dans ce temps amoureux de l’antiquité.

Cléopâtre, femme imaginaire
Cleopatra (Simonetta Vespucci) (1480-85), Piero di Cosimo, Chantilly, Musée Condé. Illustration tirée du livre, planche XI.

Cléopâtre, femme imaginaire : une autre Cléopâtre

Cléopâtre, femme imaginaire ? Elle passe d’abord pour la vaincue de l’histoire ; captive des romains y compris jusque dans la représentation qu’ils ont véhiculée. Mais elle fut aussi, nous rappelle le livre, femme de savoirs ! Les élites de la Renaissance ne s’y sont d’ailleurs pas trompées. 

Cette science est, à leurs yeux, ce qui lui permet de briser ses chaines. Les sources arabes, avant tout, nous dévoilent cette face oubliée de la reine. Ce cadre permet de comprendre ses expérimentations de poisons sur les animaux. Elle n’avait donc nul besoin, contrairement à sa légende noire, de les tester sur des prisonniers. Ajoutons à cela que la reine d’Alexandrie, c’est-à-dire de la capitale intellectuelle du monde hellénistique, côtoie astronomes, philosophes, philologues, médecins. N’oublions pas que Galien cite souvent la reine « pour son traité sur les cosmétiques ». Elle est à la fois la grande patronne du temple d’Hathor, dédié à la santé de la femme, et Isis la faiseuse de miracle par sa maitrise de la pharmacologie. On découvrira donc, dans ce livre, une Cléopâtre non seulement lettrée mais aussi une artisane de la renaissance culturelle et scientifique de son pays.

Pourtant, la légende noire persiste. Cléopâtre la reine qui empoisonne est le message transmis par des tableaux teintés d’exotisme. Mais on apprend notamment que dès le XVIe siècle cette légende noire est déboutée par des auteurs comme Giulio Landi, Claudio Tolomei… Le premier fait intervenir la reine et les deux romains – César et Marc-Antoine – dans un texte d’une grande valeur au point qu’il « a pu inspirer (…) les poètes italiens, mais aussi des auteurs tragiques français ». Du reste, avec Landi, même l’affaire de la perle devient positive. Landi, passionné, comme ses contemporains, de spectacles trouve un écho sublime chez Cléopâtre.

Cléopâtre, femme imaginaire : l’Egypte, source d’inspiration.

Au-delà de Cléopâtre c’est l’Égypte qui attire. Le Nil déjà ; source de fertilité. Ensuite, le palmier, le crocodile, etc. Le premier d’ailleurs n’est peut-être pas un modèle essentiellement égyptien mais plutôt gréco-romain. Les crocodiles, d’un autre côté, fascinent et renvoient plus généralement aux mystères de l’Égypte, à l’abondance, à la multiplicité. On les trouve en particulier sur les tapis du Caire qui ornent l’Hôtel de la reine Catherine de Médicis.  

De toute façon, même les hiéroglyphes fascinent les hommes de la Renaissance. Ils les adoptent et les intègrent à leurs œuvres. Alors que l’antiquité n’avait transmis que très peu de signes, la découverte, en 1419, du manuscrit des Hieroglyphica change tout. Colonna, Rabelais, Alciat se plongent dans cet univers. Ainsi de Pierio Valeriano Bolzani qui publie, en 1556, à Bâle, le Hieroglyphica permet de présenter « une systématisation de la culture symbolique humaniste ».

Cléopâtre, femme imaginaire
Page de titre de Giulio Landi, La Vita di Cleopatra, Venise, 1551, Biblioteca Teresiana de Mantoue, cote : LVXI.A.23. Illustration tirée du livre.
Cléopâtre, femme imaginaire
Tapis floral ottoman provenant du Caire, 1550 ca., laine. New York, Metropolitan Museum of Art. Illustration tirée du livre, Planche III.

Cléopâtre, femme imaginaire : une autre vie sur scène

Les auteurs tragiques italiens sont sensibles au destin de Césarion ou encore des trois autres enfants de Cléopâtre. Ils les mettent en scène plus que les auteurs français. L’évocation des enfants, en tout cas, complexifie la personnalité de la reine et augmente sa dimension tragique.

L’Italie, dès les années 1550, fait donc revivre Cléopâtre sur les scènes de théâtre. Le première tragédie est l’œuvre de Giraldi, vers 1541. Il sonde, en particulier, l’âme humaine prise entre passion et raison. Dès lors, l’auteur tente de montrer la volonté d’agir pour que le bien, la vertu et la rationalité triomphent. C’est ainsi que son écriture dévoile une Cléopâtre qui n’est pas celle de l’inferno de Dante. Au contraire, elle est héroïque et mélancolique, aimant son pays, son mari et ses enfants. Sa mort exalte sa grandeur et son savoir !

D’autre part, Cléopâtre est aussi « la protagoniste de la première tragédie humaniste française ». Emmanuel Buron précise, en outre, que cette tragédie prend « le contre-pied de l’historiographie et de la poésie romaines » en la présentant de manière positive. De son côté, Jodelle montre une Cléopâtre qui acquiert sa liberté par le suicide et « transforme sa défaite en triomphe ».

Finalement, avec le Cléopâtre de Montreux et le Marc-Antoine de Garnier c’est le corps et la passion de la reine qui sont traités. Garnier présente les charmes de sa voix, de ses yeux, de ses seins qui enivrent littéralement Marc-Antoine. Le corps dans sa beauté, chez Garnier, devient « l’enjeu » à extraire de la main des ennemis. Son suicide en est le moyen ! Son corps baigné de larmes fait de l’amante une belle pénitente suscitant l’émotion chez le spectateur. Montreux tente, de son côté, d’introduire de la morale chez cette Cléopâtre. Surgissent alors chez elle la constance, le courage et la force qui dessinent le portrait d’une héroîne expiant.

En guise de conclusion

Avec près de 28 contributions, dont 11 en italien, l’ouvrage dresse un panorama complet de la représentation de Cléopâtre à l’époque de la Renaissance. L’apport littéraire est particulièrement mis en valeur et nous a beaucoup instruit. Mais la peinture, la sculpture et même la numismatique ne sont pas oubliées. On comprend très vite qu’avec la Renaissance un basculement de l’image de Cléopâtre s’opère. Si les auteurs de la Renaissance puisent dans l’antiquité ils n’en sont pas, pour autant, dans une servile dépendance. Au contraire, il donne à voir une nouvelle Cléopâtre. Celle que des historiens, plus récemment, décrivent. L’ouvrage d’une magnifique conception éditoriale est aussi abondamment illustré afin d’offir au lecteur une vue complète de cette Renaissance au prisme de Cléopâtre.

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Quelques mots d’historiographie

En qui ou quoi avoir confiance ?

Évoquer Cléopâtre c’est, pour beaucoup d’entre nous, se référer soit à Elizabeth Taylor dans le film éponyme de Joseph L. Mankiewicz en 1963 ou à la BD non moins célèbre d’Uderzo et Goscinny.  Les deux continuant allégrement de véhiculer nombre de stéréotypes anciens car légende et histoire, même des siècles après, ont bien du mal à se démêler.

Cléopâtre ou, plus exactement Cléopâtre VII philopator nait vers 69 et règne de 51 à 30 av J.C. Les historiens rencontrent plusieurs difficultés pour brosser son portrait. D’abord les sources, comme le souligne Pascal Vernus. Elles sont trop laconiques, même si aujourd’hui s’ajoutent aux documents écrits, les papyrus et les traces archéologiques. Ensuite, les auteurs romains ont construit sa légende noire : les poètes comme Horace, Properce ou Lucain, puis les historiens romains dès la rupture de César avec Octave. Les plus connus s’en mêlent : de Plutarque (fin du Ier) à Pline l’Ancien puis à Suétone en passant par Appien (IIe siècle) ou Don Cassius ou Flavius Josèphe.

Cela dit Eutrope (historien du IVe siècle), souvent oublié, est certainement le meilleur médiateur de la vision stéréotypée de la reine d’Égypte. D’ailleurs, on ne compte pas moins de 300 éditions de son De viris illustribus entre le XVIIIe et le XIXe siècle. Bien au contraire, la Renaissance, avec Landi, propose un autre portrait de Cléopâtre en suivant ici les sources arabes.

 

Aujourd’hui

Maurice Sartre dans Cléopâtre, Un rêve de puissance (Tallandier, 2018), trace l’origine gréco-macédonienne de Cléopâtre et non plus égyptienne. Finalement, il exploite l’ensemble des sources pour mettre en valeur une Cléopâtre parfaitement conscience de son destin particulier. D’ailleurs, les travaux et découvertes récentes des archéologues montrent l’Égypte de Cléopâtre plus développée qu’on ne l’imagine. C’est ainsi que les fouilles sous-marines menées par Frank Goddio et l’Institut européen d’archéologie sous-marine, à partir de 1992, ont permis de cartographier les parties sous-marines de l’ancienne Alexandrie, ses colonnes et ses esplanades et le sol des palais royaux, etc. Mais, à ce jour, le tombeau de Cléopâtre n’a toujours pas été exhumé. Aujourd’hui on pense que sa résidence privée devait être sur la presqu’île de Lochias.

Pour Pascal Vernus, Cléopâtre est d’abord une femme cupide qui aime le « bling bling ». De son côté Christian-Georges Schwentzel (Cléopâtre, la déesse-reine, Payot, 2014) rappelle qu’elle est dépendante de Rome. 

Michel Chauveau insiste sur le fait qu’on ne connaisse rien de l’éducation de Cléopâtre mais on sait qu’elle a écrit le Cosmeticon sur la pharmacologie. Pascal Vernus et Christian-Georges Schwentzel rappelle, quant à eux, que dans ce domaine, elle s’inscrit dans la tradition égyptienne de sa dynastie.

Frédéric Martinez (Cléopâtre, la reine sans visage, 2020) propose de voir, dans sa capacité à séduire, une forme de force pour s’affirmer au milieu d’hommes. Il restitue dans son livre aussi un monde qui caresse le même rêve que Cléopâtre qui souhaitait réunir l’Orient et l’Occident.

Le livre et l’auteur

Le livre

Cléopâtre, femme imaginaire
La mort de Cléopâtre, v. 1560, Huile sur bois.

Riche d’une double identité grecque et égyptienne, victime d’une légende noire orchestrée par la haine de la propagande romaine, Cléopâtre a traversé les siècles et a cristallisé, dans son image aux mille lumières et visages, les fantasmes des époques les plus éloignées. Elle est femme de pouvoir et de savoir, reine bâtisseuse et tacticienne capable de contrôler les rivages de la mer Méditerranée, assoiffée de philosophie, de science et de médecine, mais aussi une vaincue de l’histoire, captive des Romains et de leur propagande agressive. Prisonnière de son destin, elle est devenue l’incarnation de l’aplestos, une vision réadaptée par chaque siècle afin d’y projeter désirs et fantasmes.

La directrice d’ouvrage

Cléopâtre, femme imaginaire
La directrice de l'ouvrage, Rosanna Gorris Camos

Rosanna Gorris Camos est professeure titulaire de Littérature française à l’Université de Vérone. Elle dirige, depuis 2004, le Gruppo di studio sul Cinquecento francese et, depuis 2002, le projet PRIN – Constitution du Corpus du Théâtre français de la Renaissance.

Pour aller plus loin

La collection « Renaissance » est soutenue par le Centre d’études supérieures de la Renaissance (CESR)

Centre d'études supérieures de la Renaissance

Créé en 1956, le Centre d’études supérieures de la Renaissance (CESR) est un centre de formation et de recherche dédié à l’étude de la Renaissance en Europe, de Pétrarque à Descartes et aussi, grâce à de nombreuses collaborations, à l’étude des patrimoines, principalement en Val de Loire. Conformément à cette double vocation scientifique et pédagogique, il a obtenu au cours de son histoire le double statut, unique en France…Lire la suite

France Culture consacre 4 émissions à Cléopâtre : un parcours passionnant qui complète à merveille Hiéroglyphica

En 1963 dans le film éponyme de Joseph L. Mankiewicz, Elizabeth Taylor incarne une Cléopâtre de légendre• Crédits : Universal History Archive/UIG - Getty

De quelles sources les historiens disposent-ils pour aborder une personnalité comme Cléopâtre (69 av. J.-C. – 30 av. J.-C.) ? Comment comprendre la place unique que la dernière reine d’Égypte de l’époque ptolémaïque a prise dans l’histoire ? Quel était le statut des femmes à cette époque ? Emmanuel Laurentin s’entretient avec Bernard Legras, professeur d’histoire grecque à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Pour écoutez les émissions, cliquez ici!

Laurent Dingli analyse

Laurent Dingli analyse Renault et Peugeot dans les années 1936-1940

Laurent Dingli propose une des rares études sur deux grandes groupes industriels – Renault et Peugeot – pendant une époque cruciale de l’histoire de France. Mené sans les archives internes de Peugeot, ce travail se révèle néanmoins remarquable. 

Pour preuve, nous vous invitons à découvrir plusieurs recensions de cet ouvrage dont celle toute récente de la revue « 20 § 21 »

 

Hervé Joly

analyse le livre de Laurent Dingli dans le

 – dernier numéro de la revue 20 § 21 –

 

Un « livre qui a le grand mérite d’analyser très finement deux grandes entreprises stratégiques de l’intérieur dans une période cruciale ».

« Un livre convaincant par son honnêteté sa rigueur. »

 

La recension

Quelques mots de présentation

Laurent Dingli, historien connu pour ses travaux sur l’entreprise automobile Renault, en particulier pour une biographie de son fondateur, propose une histoire comparée avec une autre firme du secteur, Peugeot, dans la période resserrée allant du Front populaire à la débâcle de juin 1940. Souvent débattue, la question qui traverse le livre est celle de la part des industriels privés dans les responsabilités de la défaite. L’idée est de confronter une firme souvent mise en cause à ce titre, Renault, à une autre qui l’est moins, Peugeot. Comme Laurent Dingli le reconnaît lui-même, la comparaison avec Citroën, autre entreprise parisienne, aurait été plus adaptée, mais les sources sont trop lacunaires. 

La situation pour Peugeot n’est pourtant guère plus favorable, dans la mesure où l’auteur s’est vu répondre par les archivistes du groupe PSA qu’il s’agit d’une période trop récente pour laquelle l’accès est réservé à des historiens partenaires ! Laurent Dingli s’en sort cependant par l’exploitation de sources publiques ou syndicales, qui permettent à l’ouvrage d’être solidement référencé, voire trop, avec des notes infrapaginales souvent envahissantes. Sans surprise, la thèse du livre est nettement, même si c’est avec force nuances, de démontrer que dans un contexte difficile, les industriels ont fait ce qu’ils ont pu pour contribuer à la politique d’armement. 

« Un premier long chapitre »

Dans un premier long chapitre, « Crise et renaissance de l’entreprise », l’auteur explique d’abord à quel point le contexte social s’avère difficile pour Renault comme pour Peugeot au cours des années 1936-1938. S’il relativise l’impact des grèves de juin 1936, qui se terminent plutôt par un compromis satisfaisant pour les deux parties, la percée du parti communiste et d’une CGT réunifiée intransigeante entraîne ensuite des conflits incessants qui affectent fortement la productivité. Les patrons, Louis Renault comme la famille Peugeot, y répondent régulièrement d’une manière autoritaire, par des lock-out et des licenciements de masse. Cette dureté patronale n’exclut pas cependant tout sens du compromis.

La main-d’œuvre qualifiée, notamment dans la région de Montbéliard pour Peugeot, n’est pas pléthore : il faut souvent réembaucher les mêmes. Les entreprises acceptent de plus en plus que les autorités publiques se mêlent des conflits, à travers notamment la désignation d’arbitres indépendants comme le prévoit la loi. On voit aussi que les services du personnel, traditionnellement dévolus à d’anciens militaires, évoluent dans leur recrutement pour mieux prendre en compte la dimension de relations sociales. Il existe dans les deux entreprises la tentation de s’appuyer sur des syndicats « jaunes », ou sur des militants d’extrême droite pour contrer l’influence communiste, mais il ne s’agit pas d’une stratégie exclusive. 

Des efforts sont aussi faits pour répondre à certaines revendications à l’évidence justifiées, tant le travail à l’usine est difficile. Si la question de la durée du travail est un enjeu brûlant pendant la période, l’auteur relativise l’impact des quarante heures : à la suite de la crise, le temps de travail était de fait inférieur dans beaucoup d’entreprises. La loi débouche souvent sur un alignement à la hausse.

 

Le deuxième chapitre

Le deuxième chapitre fait apparaître à quel point la mobilisation de septembre 1939 affecte fortement les entreprises, en particulier les plus grandes, avec une part considérable du personnel mobilisé. Les alternatives – recrutement de chômeurs, recours à la main-d’œuvre étrangère ou féminine – ne permettent pas de trouver les qualifications requises. Les entreprises doivent se battre pendant des mois pour obtenir le retour de techniciens indispensables. La répartition des programmes de production se fait aussi difficilement entre les firmes, avec des hésitations sur les modèles de chars notamment. Pour Laurent Dingli, les industriels n’ont pourtant pas traîné les pieds, Louis Renault en particulier ayant renoncé rapidement à ses productions civiles. 

Le troisième chapitre « La production et les hommes » 

Le troisième chapitre « La production et les hommes » montre bien la difficulté de reconvertir dans l’urgence une industrie. Si Renault était déjà un groupe diversifié, avec une importante branche aviation avec sa filiale Caudron, l’engagement tardif de Peugeot dans l’équipement aéronautique ne pouvait être que mineur. Les deux entreprises ont aussi souffert d’un excès de concentration de leur production dans leurs usines-mères, très vulnérables aux attaques aériennes, qui n’aurait pas permis de tenir la guerre dans la durée.

Un dernier chapitre qui fait office de conclusion

Dans un dernier chapitre qui fait office de conclusion, l’auteur souligne que les dés sont déjà jetés en septembre 1940. Les efforts du nouveau ministre de l’Armement Raoul Dautry n’y suffisent pas. Pour Laurent Dingli, la guerre a été perdue bien plus tôt, faute d’un engagement politique antérieur assez fort en faveur du réarmement. Sans grande originalité, il met en avant la responsabilité d’Édouard Daladier, régulièrement ministre de la Guerre dans différents gouvernements des années 1930.

Même si le livre souffre d’un déséquilibre des sources en faveur de Renault, il a le grand mérite d’analyser très finement deux grandes entreprises stratégiques de l’intérieur dans une période cruciale. S’il pèche aussi un peu par l’obsession de l’auteur de dédouaner Louis Renault de ses responsabilités, prenant le contre-pied d’historiens trop influencés à ses yeux par le point de vue longtemps défendu par son neveu par alliance et rival François Lehideux, il est globalement très convaincant par son honnêteté et sa rigueur.


Hervé Joly

Deux autres belles recensions 

du livre de Laurent Dingli

« Ouvrage dense, exigeant, fruit d’un gros travail sur  les archives et dont nous recommandons la lecture attentive. » Lire plus

Jean-François de Andria, de l’association Renault Histoire, a lu l’ouvrage.

« La documentation de cet ouvrage est dense et souvent inédite. » « Mais l’ouvrage vaut surtout par le tableau qu’il dresse de l’interaction et des motifs d’action (ou d’inaction) des différentes parties prenantes. »  Lire plus

Le livre

Laurent Dingli analyse

Mai 36 – juin 40 : rarement l’industrie française aura traversé une période aussi tumultueuse qu’au cours des années qui séparent la victoire du Front Populaire de la débâcle militaire. Pendant ces quatre années, riches en bouleversements, les entreprises vécurent au rythme haletant des conflits politiques et sociaux, de la modernisation des usines, des grèves et des impératifs de la défense nationale. Lire plus

Trône de fer

Trône de fer

Trône de fer : une plongée dans le livre

Trône de fer : début

Le Trône de fer triomphe et pourtant aucune étude complète ne lui a été consacrée. C’est pourquoi on découvre, en parcourant ces lignes, que la série Game of Thrones a sa propre histoire. En conséquence, la série évolue en parallèle de l’œuvre créée par R. R. Martin.

D’ailleurs, Le Trône de fer, dans sa version série télévisée, comporte des contraintes qui ne sont pas celles du livre : impératif budgétaire, format, temps, espace. En effet, les rythmes intenses avec des séquences complexes qui sont coûteuses mais offrent aux spectateurs la vision d’un monde très varié. C’est peut-être « cette bigarrure d’un monde […] à la fois familier […] mais aussi étrangement inquiétant » qui explique « l’intérêt que la série suscite », outre, bien sûr, le fait qu’elle traite de questions classiques comme la mortalité des régimes politiques et la quête du pouvoir. Du reste, nous dit l’auteur, ces quêtes expliquent l’accumulation des désordres et la complexité des manœuvres dans la série.

On va ensuite de surprise en surprise. On apprend tout d’abord, que l’ensemble se déploie sur un fond historique revisitant la Renaissance des XVe et XVIe siècles. Ensuite, on comprend donc que nous sommes loin du Moyen-âge. Alors, l’auteur nous signale que l’approche graphique empreinte plus à une Renaissance déjà revisitée par les temps victoriens.

Enfin, impossible de ne pas voir dans Trône de fer l’analogie avec les échecs où chaque pièce trouve ici son pendant dans des personnages qui ouvrent « le monde lointain de Game of Thrones… »

Trône de fer. Costume de Cersei Lannister, dans l’épisode 4 de la saison 8 (crédits : Michele Clapton, HBO)

Trône de fer : genèse

La série est donc l’adaptation de la saga A song of Ice and Fire de R. R. Martin commencée en 1996 et encore inachevée à ce jour. 

Les réalisateurs puisent à de multiples sources historiques pour créer librement un univers complexe (l’héraldique) et cohérent. Les lieux de tournages principaux se situent en Irlande du Nord, en Écosse ou sur l’île de Malte. Le premier teaser est lancé le 13 juin 2010 puis la campagne de promotion s’intensifie. Le succès de la première saison est au rendez-vous avec un budget de plus de 5 millions de dollars par épisode.

D’emblée, le générique nous introduit dans un monde qui n’est pas le nôtre. Pour commencer, les terres ont une tout autre forme. Le temps, ensuite, est différent car seul compte vraiment l’été et l’hiver pouvant durer plusieurs années. Alors que les étés sont fastes, l’hiver est source de toutes les craintes. Enfin, l’univers visuel des réalisateurs cherche la cohérence tout en individualisant chaque peuple de Westeros et d’Essos. Ainsi, les costumes, coiffures, décors architecturés, objets sont insérés dans une narration qu’ils composent en même temps que celle-ci modifie les sources originelles dont ils sont inspirés.

D’ailleurs, c’est bien cette dynamique qu’explore ici l’auteur en mettant notamment en relief l’apport essentiel de la peinture. Ainsi, le choix de la Renaissance comme source majeure peut s’expliquer, nous dit Stéphane Rolet, car, avec l’esthétique victorienne, elles permettent « la coexistence visuelle des différentes parties de ce monde pure fantasy ». Finalement, la rupture de continuité visuelle ou d’harmonie prouve qu’elle est une allégorie plastique des heurts et ruptures politiques. Ce faisant, ces distorsions empêchent de prophétiser la fin ou le vainqueur de cette série.

Trône de fer. De gauche à droite : Tyrion Lannister, Sansa Stark, Arya Stark, Jon Snow, Cersei Lannister

Trône de fer : parcours

Le monde de Games of Thrones est en crise : climatique et historique. Westeros et Essos sont frappés par elles mais aussi par d’autres dangers. En tout premier lieu les Marcheurs blancs, les revenants ou les fameux dragons de Daenerys, etc. L’inceste, très présent, est aussi une menace perpétuelle pour Westeros tout comme, finalement, les crimes impunis ; du crime de masse au crime « simple ».

Par-dessus tout, le sujet central de la série, dans le sillage de Machiavel, est de savoir prendre, garder et transmettre le pouvoir en équilibrant Vertu et Fortune. Or, les morts successives de Robert et de Ned Stark bouleversent justement l’équilibre des royaumes. D’autant que désormais l’argent « s’impose comme le maître du jeu ». Au milieu de tout cela, ce livre nous révèle que le parcours des femmes est tout à fait inédit en sortant des cadres habituels de la Fantasy.

En outre, la violence s’impose de multiples manières. Blessures et morts violentes sont récurrentes : duels, exécutions, violences surnaturelles, violences collectives. 

L’ouvrage révèle enfin l’importance des mouvements et du langage. Les premiers sont abordés par les voyages, les messagers, les lieux. Ainsi le voyage est l’occasion de montrer la maturation d’un personnage « et son évolution dramatique ». La diversité des voyages dit quelque chose non seulement de la géographie mais aussi de la dramaturgie et d’un ensemble politico-psycho-stratégique. Le second aspect du langage est traité par la parole ou l’image. Voilà pourquoi, nous dit l’auteur, l’héraldique constitue « une sorte d’iconolangue » que les protagonistes décryptent avec facilité. Surtout langue, parole ou image, permettent de fortifier la filiation constitutive du pouvoir et de stabilité.

Trône de fer : portraits

Stéphane Rolet commence cette galerie par « Ned » Stark, le chevalier sans peur et sans reproche. Ce Stark qui règne sur Winterfell, la capitale du Nord, est d’abord un chef qui garantit la paix à sa famille. D’ailleurs, son château a des allures de forteresse fruste mais solide. Plus complexe qu’il n’y parait, ce personnage qui exalte le devoir et l’honneur est en proie aussi aux sentiments jusqu’à sa perte. Pour conclure, sa mort annonce la fin de l’unité familiale qui ne se fédère plus qu’autour de la mémoire de celui qui fut et reste le chevalier héroïque. 

Parmi les personnages explorés par Stéphane Rolet, retenons la personnalité de Petyr Baelish, dit « Littlefinger », qui se révèle d’emblée complexe. Ainsi l’ambition porte cet homme dans toutes ses décisions. C’est pourquoi il est au centre de toutes les intrigues et domine donc l’évolution de la saison 4. Pourtant, en tombant amoureux de Sansa, il se place lui-même dans un piège.

Jaime Lannister, le « beau gosse », jeune premier, suit une évolution sinueuse au cours de la série. Mais la perte de sa main sonne comme un évènement pivot donnant naissance à un nouveau Jaime volant au secours de son frère. La destinée de Tyrion Lannister, le nain, est tout autre. C’est ainsi qu’intelligent, cultivé et doué d’un sens politique véritable, il souffre pourtant de la haine de sa sœur et du mépris de son père. L’amour lui échappe toujours. Finalement, il devra sa survie à l’intervention de son frère lui offrant un nouvel avenir. Enfin, Daenerys Targaryen représente l’odyssée d’une orpheline. L’étendard Targaryen au sommet de l’imposante pyramide royale d’Essos illustre le chemin semé d’embûches que vient de franchir cette héroïne devenue pleinement femme.

 

Trône de fer : pour conclure

Stéphane Rolet nous convie à une promenade dans un nouveau monde en proie aux menaces sans jamais sombrer dans le désespoir. L’ouvrage met bien en avant le rythme intense de la série qui lui donne sa dynamique et lui confère aussi son succès. Ce livre est, en outre, abondemment illustré et agrémenté de plusieurs annexes qui permettent de suivre facilement tous les développements. Simple et complet voici désormais l’incontournable livre de Game of Thrones.

Le livre et l’auteur

Le livre

Game of Thrones n’est pas une série comme les autres, comme le montre son succès planétaire. Chaque nouvelle saison suscite un intérêt mondial que la puissante campagne de communication organisée par HBO ne saurait suffire à expliquer. Histoire, géographie, politique, moeurs et monstres, tout semble à des années-lumière de nos repères culturels habituels dans ces royaumes en guerre dont la chronique est adaptée des livres de George R. R. Martin. Et pourtant…Lire la suite

L’auteur

Stéphane Rolet, l'auteur du livre Le Trône de fer

Stéphane Rolet est spécialiste des rapports texte-image à la Renaissance. Il est maître de conférences à l’université de Paris VIII (département de Littérature). Il est aussi chargé de conférences à l’École pratique des hautes études (4e section).

Pour aller plus loin

L’Université Paris 8 présente un portrait et un entretien avec Stéphane Rolet

Stéphane Rolet est maître de conférences au département de littérature française. Il publiait il y a peu un ouvrage portant sur la série télévisée Game of Thrones et les ouvrages du même nom, fruit de son travail de recherche. Succès public et critique quasi unanime, la série se démarque par la noirceur de son récit et…Lire la suite

France Inter invite Stéphane Rolet pour parler du phénomène Game of Thrones

Jean Lebrun dans « La marche de l’histoire » analyse le phénomène « Game of thrones », écrit par George R.R. Martin et mis en image par HBO. 

Bande Annonce Game of Thrones, Le Trône de Fer – Saison 1 [HD]

L’histoire autrement

Dorothy Porter Wesley, historienne et bibliothécaire

Une présentation

Propos liminaires

Le sociologue et historien W.E.B Du Bois

Critique

Quand Gérard Noiriel se fait critique, en 1996, dans son livre Sur la « crise » de l’histoire, il souhaite faire l’histoire autrement. Il reproche deux choses principales. Premièrement, le « tournant linguistique » opéré, notamment par la réinterprétation américaine des écrits de Derrida, Foucault et d’autres. Deuxièmement, une histoire devenue trop « fiction », trop subjective. 

Faire l’histoire autrement passe, pour lui, par un retour à une histoire plus scientifique. D’autres historiens, eux, se penchent sur la centralité de la tradition historiographique occidentale et ses limites. Ainsi donc de multiples recherches et publications proposent plusieurs orientations de recherche : sources anciennes et nouvelles, qu’est-ce qu’écrire l’histoire, centre-périphérie et la circulation complexe des idées, objets, etc.

Le livre ici part d’un terrain de recherche où les participants de cet ouvrage ont été impliqués dans les réflexions collectives sur l’écriture de l’histoire par les Africains-Américains aux États-Unis. Les auteurs s’interrogent sur la manière d’écrire l’histoire dans une position de marginalité plurielle : ségrégation – légale ou de fait –, discrimination éducative (universités noires), professionnelle, sociale (sociétés historiques et revues noires).

Un autre travail

Ces historiens africains-américains font l’histoire autrement. Ils publient sur des « héros noirs » dans la ligne de l’histoire positiviste mais aussi en s’attachant de plus en plus à développer des méthodes, des objets et des thématiques autres. Ils préservent d’abord les traces des plus humbles : sources orales, familiales. Ils puisent, à l’exemple de W.E.B. Du Bois, notamment dans des expériences et des histoires personnelles. Ensuite, ce sont eux aussi qui ouvrent l’étude d’un nouveau domaine : l’histoire des Africains-Américains.

Leurs études ne se limitèrent jamais aux seuls noirs américains. Rayford Logan, par exemple, publie la première histoire des relations entre les États-Unis et Haïti (1941). Ce faisant, il ouvre la voie à des recherches diplomatiques inédites. Enfin, on comprend ainsi que ces historiens ne se sont pas penchés seulement sur l’histoire d’une minorité mais ils ont montré que l’histoire des Africains-Américains était une partie intégrante de l’histoire nationale s’inscrivant dans une histoire globale.

Ces subaltern studies ont, et c’est le premier point, obligé à repenser l’articulation entre centre et périphérie. Le second point montre que ces marges physiques, géographiques ou sociales révèlent que dans cette relation, la périphérie devient aussi centrale. Une marge d’ailleurs qu’il ne faut pas penser seulement en termes d’opposition mais plutôt en termes de construction identitaire en tension. Le troisième point important invite à considérer la marge non plus sous un angle négatif, comme souvent en urbanisme, mais sous un angle positif car historiens et intellectuels africains-américains ont été source d’innovation (archivages des sources orales, nouvelles pratiques d’immersion en sociologie). 

Leurs innovations étaient donc une résistance à une certaine forme d’histoire mais aussi une invitation à une histoire plus complexe en quête de « vérité » sans concession comme le prouve le travail de W.E. Bois., Black Reconstruction in America, 1860-1880, Cleveland, Meridian Books, 1969 (Ire éd. 1935).

Cette notion de marge renvoie aussi, à tous ceux, nombreux, qui écrivent l’histoire en dehors de la profession. On peut penser ici aux archivistes, bibliothécaires, biographes, pasteurs.

L'historien Howard Zinn

L’histoire autrement, quid du récit historique

Dans une perspective décentrée, l’ouvrage interroge l’histoire non occidentale afin de poser ou non sa marginalité. Le philosophe Partha Chatterjee affirme la non-marginalité de l’histoire en dehors de l’Occident. Il avance que cette histoire même est centrale pour la plus grande partie de l’histoire occidentale. Il démontre sa position, à partir de l’étude de l’histoire du Trou Noir de Calcutta. L’évènement s’est déroulé au milieu du XVIIIe siècle. L’auteur indique les multiples circulations de cette expression au cours des 250 dernières années au point qu’elle a été couramment employée dans le monde anglophone jusqu’à récemment.

De son côté, l’historienne Joan Bryant nous fait découvrir ce parallélisme inattendu, établi par Henry Wagoner, entre noirs et juifs. S’appuyant sur le juif du Marchand de Venise de Shakespeare, Wagoner promeut le juif en catégorie opératoire pour affirmer l’humanité commune de tous les peuples du monde.

Le chapitre qui suit de Clara Dauler explore la situation du roman historique. Plus exactement, la fiction historique étudiée par le biais du best-seller La catedral del Mar. L’auteure se penche sur la problématique du roman historique et le questionne comme forme d’écriture de l’histoire à partir des travaux, notamment, de Michel de Certeau. On découvre ainsi ce roman comme une « réécriture engagée de l’Histoire de la Catalogne en général et de Barcelone en particulier ». Cette marge, la Catalogne, est mise au centre du récit et, en conséquence, renverse l’ordre des choses par la mise en exergue de la situation catalane.

Ary Gordien explore, en anthropologue, de manière passionnante l’écriture de l’histoire chez les blancs créoles de la Guadeloupe. Puis, la philosophe Christiane Vollaire conclut cette partie avec une étude sur le parcours novateur d’Howard Zinn et son Histoire populaire des États-Unis. On y apprend, comment, de manière très innovante, il tente de rompre la centralité historique afin de construire un peuple par les marges.

"Histoire du New-Hampshire" de Jeremy Belknap

L’histoire autrement, des marges à l’intérieur de l’histoire

C’est Agnès Delahaye qui ouvre cette seconde partie avec un texte remarquable sur le cas du pasteur et historien Jeremy Belknap. Avec son Histoire du New Hampshire (trois volumes de 1784 à 1792), il pose déjà les bases d’une véritable méthode historique. Trop souvent oubliés, ces travaux de pasteurs-historiens, sorte d’historiens hybrides, méritent de nouvelles recherches. Claire Delahaye, de son côté, rappelle les oubliées de l’histoire que furent les femmes actives pour le droit de vote. Les suffragettes américaines s’investissent aussi dans l’attention portée à la mémoire de leur propre mouvement ! 

Cette dynamique des marges est parfaitement illustrée aussi par la belle carrière de Dorothy Porter Wesley. Cette vie qui cumule les « handicaps » (femme, Africaine-Américaine, bibliothécaire) parvient à fusionner toutes ces catégories au profit d’un travail remarquable d’historienne et citoyenne comme nous le démontre Cheryl Knott. De son côté, Fatma Ramdani, avec l’historienne Mary McLeod Bethune (1795-1855) nous plonge dans l’étude de l’œuvre et de ses apports dans la recherche. On y découvre une historienne prophétique et polyphonique.

Toussaint Louverture, le "héros haïtien"

Les historiens du lointain

Nicolàs Kanellos commence cette troisième partie avec la figure du grand historien Arturo Alfonso Schomburg qui contribua tant à la construction d’une histoire et d’une conscience de la diaspora africaine. Mais l’auteur nous dévoile ici, de manière passionnante, ce que Schomburg doit à Sotero Figueroa. Cette histoire décentrée passe aussi par la figure de A.B.C Sibthorpe. D’après Odile Georg, cet historien sierra-léonais de la fin du XIXe siècle, est intriguant car il passe du centre à la périphérie, du succès à l’oubli. Il demeure pourtant un précurseur incontournable autant comme témoin que comme historien. Les articles de Délide Joseph et Pauline Vermeren abordent l’univers intellectuel haïtien autant dans sa construction historique épique que dans l’approche novatrice de l’inégalité par Anténor Firmin. Enfin, le texte de Matthieu Renault au sujet de l’historien marxiste caribéen Cyril Lionel Robert James fait ressortir l’originalité forte de ce penseur de l’idée de mouvement.

Et pour conclure

Au total, ce livre nous invite dans toutes les arcanes de l’historiographie pour notre plus grand bonheur. Des thèmes aux personnages, ce sont des horizons nouveaux et renouvelés qui nous sont offerts comme autant de découvertes passionnantes. Un voyage dans le temps et l’espace à faire sans attendre.

Le livre et l’auteur

Le livre

Dès la deuxième moitié du XIXe siècle, dans un contexte d’intense ségrégation raciale aux États-Unis, des Africains-Américains écrivent l’histoire occultée de leur communauté pour l’inscrire au coeur du récit national et, au-delà, pour révéler la contribution de la diaspora noire à l’histoire mondiale. Cette histoire en marge questionne la discipline historique elle-même et affirme la nécessité d’écrire une histoire-monde.
Mais comment écrire une véritable histoire globale ? Ce livre entend démontrer qu’il faut non seulement donner droit de cité à celles et ceux qui ont trop souvent été exclus du récit historique ou ont été relégués à ses marges, mais aussi concevoir la marge (géographique, sociale, économique) comme un centre d’innovation épistémologique et politique, un lieu paradoxalement privilégié pour (re)penser et (ré)écrire l’histoire. lire la suite

L’auteur

 

Hélène Le Dantec-Lowry est professeure de civilisation américaine. Spécialiste de l’histoire culturelle et sociale des Noirs et des femmes aux Etats-Unis, XIXe – XXIe siècles. pour en savoir plus, cliquez ici

Matthieu Renault est maître de conférences en philosophie à l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis. Membre du Laboratoire d’études et de recherche sur les logiques contemporaines de la philosophie (LLCP, EA 4008). pour en savoir plus, cliquez ici

Marie-Jeanne Rossignol est professeure d’études américaines à l’université Paris Diderot. Membre du Laboratoire de Recherche sur les Cultures Anglophones. Pour en savoir plus Cliquez ici

Pauline Vermeren est chercheuse en philosophie et sciences politiques à l’université Paris Diderot. Elle est membre du Laboratoire du Changement Social et Politique. Pour en savoir plus Cliquez ici

L’histoire autrement. Pour aller plus loin

L’histoire autrement. Musée national de l’histoire et de la culture afro-américaine.

Un musée afro-américain pour réécrire l’histoire des Etats-Unis. En savoir plus, Cliquez ici

 

L’histoire autrement. Rencontre avec Jordi Frades, réalisateur de « La Catedral del Mar »