Backstage scènes et coulisses des séries musicales

Backstage scènes et coulisses des séries musicales

Appréhender les coulisses, l’arrière-scène ou l’envers du divertissement : voilà le nouveau champ d’exploration de nombreuses séries musicales. Backstage, scènes et coulisses des séries musicales décrypte en profondeur le phénomène des séries musicales à succès comme Glee, Treme, Pose, Smash, Empire, Nashville, The Get DownVinylHigh School Musical… Découvrez avec nous ces coulisses de la réussite !

Backstage scènes et coulisses… : entrer dans le livre

Hannah Montana (Miley Cyrus) chante « The Climb » avec la foule, illustration tirée du livre Backstage.

Backstage scènes et coulisses : performances en séries

Des talent shows aux séries TV

Les séries ont aujourd’hui une façon unique de « combiner musique et contenu audiovisuel », car elles puisent aux variety shows du passé, aux séries de fiction, aux clips, mais aussi à ce mélange de récit et de spectaculaire propre aux comédies musicales de Broadway ou d’Hollywood. En outre, il faut souligner l’attrait important de la performance qu’on retrouve dans les reality talent shows.

Cette connivence n’est pas sans problème, car le mode de la « complexité narrative » est typique des séries. Ceci s’apparente à une réaction face aux émissions de téléréalités. D’ailleurs, l’usage de l’« effet spécial narratif », propre aux émissions est rare dans les séries. Surtout, il indique une évolution du narratif vers la performance. Cette porosité entre les émissions et les séries se révèle aussi dans les formats que ce soit sur le plan structurel, esthétique ou autre.

Voilà pourquoi, les personnes peuvent passer de l’un à l’autre. D’autant que les répertoires musicaux sont souvent très proches. Il paraît important de comprendre que tout cela est possible, car la performance est au cœur des deux genres : talent shows et séries. Avant tout, la performance est toujours liée au spectacle visuel comme on le voit dans Pose ou Nashville.

Backstage scène et
Les costumes royaux de Pose (S01E01).
Effets pyrotechniques dans Nashville (S01E12).

Ces similitudes sont aussi très nettes dans l’accent mis sur le liveEn outre, l’authenticité devient la valeur suprême. Elle est bien signalée notamment par des marqueurs visuels comme l’effort physique, l’apparition des instruments, du studio à l’écran… Par exemple dans Treme, la reprise de « Sing, Sing, Sing » de Louis Prima est accompagnée de la visualisation de la batterie.

« Sing, Sing, Sing » (Treme, S04E04). Instruments et performance musicale , illustration tirée de Backstage.
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Elle Dallas (Courtney Love) dans un studio d’enregistrement (Empire, S01E06), illustration tirée de Backstage.

De ce fait, l’intégration d’un studio renforce la dimension d’expertise comme on le voit dans Empire.

Les paradoxes de la culture du musical

Les séries des networks vont puiser dans la culture musicale de Broadway tout en les réadaptant. Cette pratique semble paradoxale, car les publics ne sont pas les mêmes. Pourtant, cela peut s’expliquer peut-être par un désir de diversifier la cible. Cependant, s’il est vrai que Broadway attire un public différent de celui des séries, cela est moins vrai quand il s’agit des musicals. En effet, on a constaté ces dernières années que le public jeune pouvait être attiré. Pour autant, notons que ces succès sont souvent liés à des œuvres exceptionnelles (Wicked, Hamilton).

Broadway est présent, dans les séries, non seulement par les chansons, mais aussi par les valeurs et les rêves qui imprègnent les personnages. Toutefois, chansons ou personnages sont partiellement réadaptés ou imités. On voit, notamment, Glee transposer la théâtralité grandiose du numéro de Broadway vers plus d’intimité pour les séries TV.  De toute manière, l’enjeu est toujours le même avec le filon des musicals. Il s’agit de bâtir des « coalitions d’audiences » pour les fictions télévisées. Glee et Rise visent, notamment, un public jeune et des spectateurs plutôt urbains, progressistes et disposant de hauts revenus. Ceux-ci intéressent, particulièrement, les annonceurs publicitaires. 

La question posée par la transposition des formes de Broadway (les show tunes de Shaiman et Wittman, les chorégraphies de certains numéros) est bien celle du public. Smash tente la synthèse entre le public de Broadway et celui plus populaire de la télévision. Pour finir, les séries de coulisses dévoilent plus d’effets spectaculaires que de complexités narratives. Soulignons enfin que les performances-attractions sont conçues en lien avec d’autres médias.

Backstage scènes et coulisses : stratégies transmédiatiques

La participation des publics

Les séries tendent à brouiller toujours plus la distinction entre interprètes et spectateurs. Voilà même qu’en systématisant les spectacles où les spectateurs participent, elles visent le dramatique et l’attractionnel. Il s’agit sans cesse de briser la frontière entre performer et spectateur comme on le voit dans Terme avec la scène de la fanfare.

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Champ-contrechamp : les collégiens encadrés par Antoine Batiste assistent à la performance de la fanfare des Marines (Treme S03E07), illustration tirée de Backstage.
Les collégiens, à l’arrière-plan, partagent le même espace que les Marines, illustration tirée de Backstage.

Dans tous les cas, c’est bien la performance musicale, au détriment de l’intensité narrative, qui se trouve exaltée par les internautes comme l’illustre la diffusion sur YouTube de la scène de fin de Nashville (S01E21) ou dans l’interprétation de Good Enough de la série Empire.

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Derniers instants de la saison 1 de Nashville, illustration tirée de Backstage.

Ces séries introduisent bien de nouvelles formes transmédiatiques notamment via les plates-formes qui permettent aux internautes non seulement de réagir, mais aussi d’être créateur de contenu sous forme de Karaoké, etc.

Synergie :  les coulisses industrielles et juridiques du backstage

L’apparition de la chaîne MTV permet, évidemment, la mise en place de « synergies ». Autrement dit, de développer les interactions entre le monde de la musique et l’audiovisuel. Étant entendu que le croisement de la promotion des disques et des séries peut être gagnant pour les deux.

Par ailleurs, la matrice musicale des séries Disney inspire le genre backstage.  Les séries « coulisses » de Disney, de leur côté, mettent l’accent sur la production de musique. Ce faisant, Disney associe live et playback.

La promotion de chansons passe, désormais, par ces nouvelles radios que sont les séries télévisées. La profession de music supervisor devient donc fondamentale. Cette activité est liée au croisement de la performance artistique, au coaching, aux questions d’organisation et de gestion. Ainsi, le succès remporté par ces chansons dans les séries explique qu’artistes et labels s’y intéressent de très près. D’ailleurs, la cascade de revenus disponibles en raison des multiples droits des chansons est littéralement vertigineuse. Les séries brouillent les frontières non seulement entre les différents genres artistiques, mais aussi entre les différents médias. Elles soulignent ainsi cette réalité d’une communication et d’une promotion convergente.

Backstage scènes et coulisses : des mélodrames du talent et du travail

Les performers au travail

Avec le genre backstage, on passe d’une représentation verticale de la division du travail à une représentation horizontale. Mais pas seulement, car sont dévoilés désormais les rouages laborieux de l’élaboration de la production. La « spontanéité » et l’entrain bon enfant des interprètes, jadis mis en avant, disparaissent ici derrière la valorisation de l’effort.

Il faut bien avoir conscience, en outre, qu’en mettant en avant les efforts des gagnants et des perdants, les rivalités et les solidarités particulières à ce milieu, on ne fait que « souligner les impasses et les incohérences de ces activités artistiques ». Toutefois, il s’agit de pointer des réalités évidentes aussi dans d’autres milieux.

De toute évidence, les tensions et contradictions entre ambition individuelle et sens du collectif sont, encore, des réminiscences du vieux Rêve américain actualisé toutefois des nouvelles conditions politiques et économiques.

Le talent révélé

Cette mise en scène du travail productif n’est pas contradictoire avec la nature spectaculaire du divertissement qui prône le bonheur de chanter et de danser. Le musical produit, selon Richard Dyer, de l’utopie afin d’échapper aux griffes d’un capitalisme ravageur. Chaque série, pour cela, doit s’inscrire dans un registre mélodramatique que les coulisses permettent à merveille. Les tragédies familiales, inspirées de Dallas ou de Dynastie, sont très présentes comme l’illustrent les Nashville ou Empire. Cela permet tous les questionnements d’une société sans tomber dans le manichéisme. La spécificité du genre backstage est d’introduire « un genre du corps » qui vise le choc sentimental. L’effet est particulièrement réussi dans Nashville avec le duo entre Scarlett et Gunnar : « If I Didn’t Know Better ».

Lumières colorées, gros plans : l’alchimie sur scène entre Scarlett (Clare Bowen) et Gunnar (Sam Palladio) illustration tirée de Backstage.
Lumières colorées, gros plans : l’alchimie sur scène entre Scarlett (Clare Bowen) et Gunnar (Sam Palladio) dans Nashville (S01E01), illustration tirée de Backstage.
Lumières colorées, gros plans : l’alchimie sur scène : Gunnar (Sam Palladio) dans Nashville (S01E01), illustration tirée de Backstage.

Ce mode mélodramatique se signale donc par des scènes spectaculaires qui cristallisent et précipitent aussi les temporalités en soulignant l’omniprésence des corps. Il faut souligner que dans le cadre des dynamiques raciales, les mécanismes tendent souvent à occulter ou à instrumentaliser ces problématiques. Cela étant, certaines séries comme Empire ou Star parviennent dans des numéros mélodramatiques à se pencher, cette fois, sur la trajectoire des individus. Ainsi se perpétue le prestige des rituels compétitifs et spectaculaires des mondes de l’entertainment.

Backstage scènes et coulisses : nos derniers mots

Backstage nous ouvre non seulement le monde spectaculaire en décrivant les mécanismes narratifs et scéniques mais en fournissant aussi une analyse érudite, intelligente et précise. La bibliographie très complète est augmentée d’une sériégraphie non moins précieuse, d’un lexique, d’annexes, et d’un glossaire. Les images qui parsèment cet ouvrage sont bien plus que des illustrations. Voici un instrument de travail désormais incontournable.

Backstage scènes et coulisses : le livre et l’auteur

Le livre

Backstage, scènes et

Les séries télévisées musicales ne sont pas un phénomène nouveau aux États-Unis, mais le genre connaît un impressionnant renouveau depuis la fin des années 2000. Glee, Treme, Pose, Smash, Empire, Nashville, The Get Down, Vinyl, High School Musical. Ce véritable cycle impressionne par sa richesse et sa variété : les séries portant sur le chant côtoient celles qui privilégient la danse ou la pratique instrumentale ; aux séries des grands networks s’ajoutent celles des chaînes du câble et des services de VOD. Lire la suite

L’auteur

Pierre-Olivier Toulza est maître de conférences en études cinématographiques à l’Université de Paris. Il a récemment codirigé deux ouvrages sur la comédie musicale hollywoodienne, Stars et solistes du musical hollywoodien (Les Presses du réel, 2017) et Politiques du musical hollywoodien (Presses universitaires de Paris Nanterre, 2020). Pour en savoir plus

Pour aller plus loin

Glee (2009-2015), une des séries « culte » avec Empire.

Une des performances les plus commentée par les internautes sur YouTube officielle de la série Nashville: « If I Didn’t Know Better »

Le blog Séries officiel du journal Le Temps. Découvrir ici

Penser les migrations

« Penser les migrations » explore les différentes échelles de déplacement de population sur l’ensemble de la planète et selon toutes les typologies existantes. En outre, « Penser les migrations » revient sur trente ans d’expérimentation au sein du laboratoire Mingrinter. Le contenu met précisément et concrètement en avant ces initiatives pertinentes et efficaces. « Penser les migrations » c’est l’exploration nouvelle de ces problématiques jusqu’à nous pousser, littéralement, à « repenser la société » et notre manière d’être au monde.

Penser les migrations : le livre en quelques mots

Source : OCDE

L’ouvrage se veut ainsi fondamentalement pluridisciplinaire. Il se divise en quatre parties. La première se penche sur l’État et les institutions face aux flux migratoires. Puis, les contributeurs abordent la question des migrations et mobilités sociales. La troisième partie joue sur les effets d’échelle et aborde les parcours de vie. Enfin, l’étude se termine par la thématique urbaine touchant à la question des logements.

Le rapport qui s’élabore entre migrants et État dépasse la problématique de la frontière qui a été largement médiatisée. Voici un des premiers mérites de ce livre. Il nous interpelle sur la construction de la figure de l’étranger au travers des lois et des pratiques de l’État. D’ailleurs, ce sont les pouvoirs publics qui déterminent la limite entre migrants légitimes ou non. En conséquence, la ligne de partage est complexe et ne recouvre pas la dichotomie migrants réguliers ou irréguliers. 

Par exemple, le cas de la situation dans la province du Nouveau-Brunswick au Canada est limpide. Cette région emploie des étrangers dans les conditionnements de produits marins tout en étant confrontée à un fort taux de chômage. Les syndicats rejettent la venue de personnes étrangères, mais dès lors que celles-ci sont dans la catégorie des ouvriers, ils les défendent en tant que travailleurs.

Penser les migrations : la mobilité

La seconde partie aborde une thématique qui semble propre à notre siècle : la mobilité. On découvre, dans cette partie, que les migrations pour poursuivre des études sont peu analysées. On est, notamment, frappé par ce contexte de marchandisation mondiale des études. L’université de Moncton, au Nouveau-Brunswick (Canada), par exemple, s’oriente vers la francophonie internationale afin de construire une véritable politique de recrutement. De ce fait, elle a conquis les élites maliennes. On assiste finalement à une véritable reproduction d’une élite sociale malienne qui empêche toute une autre catégorie sociale de s’élever.

Le chapitre six se penche sur la mobilité des migrants liée à la santé. Or, on remarque que les médecins étrangers ont bien du mal à obtenir des postes à responsabilité au sein de l’administration hospitalière française. Ici, l’origine des diplômes joue de fait une sélection tacite comme le disent ces médecins italiens ou cet angiologue chinois. Du reste, le « système de sélection propre à ce corps » fait que les intéressés considèrent plus leur parcours comme de la mobilité que comme de la migration.

La mobilité scientifique est d’ailleurs en augmentation depuis 1990. Le chapitre qui suit, cette fois, analyse les ressorts de ces mobilités et leurs conséquences pour les pays d’origine et d’accueil. Basée sur une centaine d’entretiens, la contribution est centrée sur l’étude du parcours de deux jeunes sud-américains : Franco du Chili et José de Colombie. Cette analyse permet de comprendre que le réseau de relations se modifie en fonction du sujet de recherche, des partenaires scientifiques, mais aussi des liens amicaux, familiaux et, bien sûr, de liens anciens établis avec des universités ou des directeurs réputés (effet tunnel).

Dans le chapitre huit, on découvre que les Marocains ont, avec les Libanais, le plus fort taux de dispersion avec des situations très diverses en Europe.

 

Source : OCDE

Penser les migrations : parcours de vie

Le chapitre neuf consacré aux Harragga tunisiens part à la recherche des contraintes et des opportunités de ces migrants. Cet article présente la trajectoire de Karim et Zoubaier à partir d’une démarche qualitative socio-anthropologique qui détaille les liens sociaux et les différents soutiens qui s’établissent selon les différentes situations et lieux de passage : famille, quartier, harragga. De surcroît, on retrouve une grande ambiguïté de tous ces réseaux qui se révèlent autant protecteurs que « corrupteurs ». Cette migration non documentée montre un pragmatisme constant.

Le chapitre dix se plonge, à l’inverse, dans la question « de la matrice biographique ». Cette analyse se situe d’abord dans le cadre du programme CIMORE qui se penche sur les circulations migratoires. Autrement dit, comment le migrant donne du sens et utilise l’espace, mais aussi comment il reconfigure celui-ci.

 

Le chapitre onze explore, de son côté, les liens entre immigration et militantisme. Il s’agit ici de croiser travaux de recherche et projets associatifs dans une dynamique de productions d’archives orales. Nous sommes face à une coopération réussie entre associatifs, conservateurs, communicants et universitaires, mais il existe aussi des contre-exemples. Des collaborations qui ne prennent pas pour diverses raisons et qui, du reste, sont aussi passionnantes comme objet d’études.

Penser les migrations : prendre place dans la ville

Cette partie propose d’étudier en quoi les migrants, avec les autres groupes d’habitants, contribuent à transformer les espaces urbains alors même qu’ils en subissent les contraintes.

Le chapitre douze, commerces et migrations, travaille sur les « lieux et moments d’interaction entre une offre marchande particulière et les usagers des rues dans lesquelles cette offre est concentrée ». Cette approche, à l’origine nord-américaine, parle de « superdiversité » et prend pour base huit espaces marchands parisiens. Ces lieux ne sont pas seulement des espaces de violences, de replis, mais ils sont aussi des lieux d’échanges, de fusions, et de réactualisation constante.

Dans le chapitre treize, on décrit la vie des marchands sénégalais à Buenos Aires. On a là une migration sud-sud intercontinentale, effet collatéral des blocages au nord. Concentrés dans le quartier d’Once, il s’agit de voir comment ces Sénégalais investissent le commerce de proximité. 

Mobilité à Valence et Beyrouth, dans le chapitre quatorze, sont étudiées, à nouveau, dans la cadre du programme CIMORE avec une méthode combinatoire (observations, questionnaire, entretien) qui est originale. La dynamique des lieux et les logiques migratoires sont bien établies grâce à cette méthode. 

Le chapitre quinze se penche sur la visibilité des Français au Maroc (Marrakech et Essaouira). C’est, en fait, l’activité économique des Français au Maroc qui les rend bien visibles notamment en transformant les quartiers des centres-ville. Continuant de véhiculer un certain nombre de préjugés vis-à-vis de la société marocaine, ces Français, pourtant, ne se sentent pas et ne veulent pas être un groupe distinctif.

Le chapitre seize se penche sur les Roms roumains dans le quartier populaire d’El Cabanyal à Valence. Les familles roms y habitent des logements très modestes mais normalisés.

Source : OCDE

Conclusion

Le livre est foisonnant aussi est-il difficile d’en faire jaillir, dans une courte présentation, toute la sève. Les différentes contributions explorent des sujets qui touchent au quotidien des populations, des autres, de nous… Autant dire que ce livre paraît indispensable, plus encore en période Covid, à qui veut se donner les moyens de comprendre tous les déplacements de populations sur le globe. Il est surtout incontournable pour qui souhaite s’extraire de tous les « préjugés ». Un livre précieux donc à faire connaître !

Penser les migrations : le livre et l’auteur

Le livre

Penser les migrations

Les migrations internationales contribuent à définir l’État et ses formes de citoyenneté. Elles modifient les relations professionnelles, transforment les espaces géographiques et jouent un rôle fondamental dans les expressions artistiques. Par effet miroir, les pratiques des migrants sont, elles aussi, tributaires des contraintes et opportunités qu’ils rencontrent dans les espaces qu’ils traversent, sinon investissent. Lire la suite

Les auteurs

Fathallah Daghmi est maître de conférences à Poitiers, laboratoire Migrinter
Françoise Dureau est Directrice de recherche honoraire IRD, laboratoire Mingrinter
Penser les migrations
Nelly Robin est géographe, Directrice de recherche au CNRS, laboratoire Migrinter.
Thomas Lacroix est chercheur en géographie au CNRS, laboratoire Migrinter.
Yann Scioldo-Zürcher-Levi est chercheur au CNRS, laboratoire Migrinter

Penser les migrations : pour aller plus loin

L’écho des médias

 

Penser les migrations

Un ensemble de thèmes, d’approche, de réalités très diversifié qui peut apporter des exemples précis à une étude des migrations. Lire tout l’article

Le Dessous des Cartes revient sur la question migratoire

Les migrations au XXIe siècle dans Le Dessous des Cartes

Découvrir le laboratoire Mingrinter

Penser les migrations

Migrinter est un laboratoire de recherche spécialisé dans l’étude des migrations internationales. Créé en 1985 par le géographe Gildas Simon, Migrinter contribue à institutionnaliser les études migratoires, tant au niveau national qu’au niveau international. Ses membres (chercheurs, enseignants chercheurs, personnels d’appui et de soutien à la recherche) œuvrent pour une approche comparative et pluridisciplinaire des migrations (géographie, anthropologie, droit, histoire, sciences de l’information et de la communication, sociologie, etc.). En savoir plus

Cléopâtre, femme imaginaire

Cléopâtre, femme imaginaire
Cleopatra (recto), 1533-1535 ca., Michelangelo. Firenze, Casa Buonarroti. Planche XII, tirée du livre.

Entrer dans le livre

Cléopâtre, femme imaginaire ou personnage historique ? Qu’en est-il vraiment tant les cartes semblent brouillées ? Cléopâtre, la femme aux mille visages, a-t-elle failli ébranler Rome ? Suétone, Tacite et d’autres ont pris soin de l’accabler vite, très vite. Cléopâtre, femme imaginaire, surgit sous la plume des chroniqueurs. Cette légende noire de la reine d’Égypte s’est très vite répandue au cours des siècles. Qu’en est-il de la Renaissance ? Ce livre décrypte cet héritage dans ce temps amoureux de l’antiquité.

Cléopâtre, femme imaginaire
Cleopatra (Simonetta Vespucci) (1480-85), Piero di Cosimo, Chantilly, Musée Condé. Illustration tirée du livre, planche XI.

Cléopâtre, femme imaginaire : une autre Cléopâtre

Cléopâtre, femme imaginaire ? Elle passe d’abord pour la vaincue de l’histoire ; captive des romains y compris jusque dans la représentation qu’ils ont véhiculée. Mais elle fut aussi, nous rappelle le livre, femme de savoirs ! Les élites de la Renaissance ne s’y sont d’ailleurs pas trompées. 

Cette science est, à leurs yeux, ce qui lui permet de briser ses chaines. Les sources arabes, avant tout, nous dévoilent cette face oubliée de la reine. Ce cadre permet de comprendre ses expérimentations de poisons sur les animaux. Elle n’avait donc nul besoin, contrairement à sa légende noire, de les tester sur des prisonniers. Ajoutons à cela que la reine d’Alexandrie, c’est-à-dire de la capitale intellectuelle du monde hellénistique, côtoie astronomes, philosophes, philologues, médecins. N’oublions pas que Galien cite souvent la reine « pour son traité sur les cosmétiques ». Elle est à la fois la grande patronne du temple d’Hathor, dédié à la santé de la femme, et Isis la faiseuse de miracle par sa maitrise de la pharmacologie. On découvrira donc, dans ce livre, une Cléopâtre non seulement lettrée mais aussi une artisane de la renaissance culturelle et scientifique de son pays.

Pourtant, la légende noire persiste. Cléopâtre la reine qui empoisonne est le message transmis par des tableaux teintés d’exotisme. Mais on apprend notamment que dès le XVIe siècle cette légende noire est déboutée par des auteurs comme Giulio Landi, Claudio Tolomei… Le premier fait intervenir la reine et les deux romains – César et Marc-Antoine – dans un texte d’une grande valeur au point qu’il « a pu inspirer (…) les poètes italiens, mais aussi des auteurs tragiques français ». Du reste, avec Landi, même l’affaire de la perle devient positive. Landi, passionné, comme ses contemporains, de spectacles trouve un écho sublime chez Cléopâtre.

Cléopâtre, femme imaginaire : l’Egypte, source d’inspiration.

Au-delà de Cléopâtre c’est l’Égypte qui attire. Le Nil déjà ; source de fertilité. Ensuite, le palmier, le crocodile, etc. Le premier d’ailleurs n’est peut-être pas un modèle essentiellement égyptien mais plutôt gréco-romain. Les crocodiles, d’un autre côté, fascinent et renvoient plus généralement aux mystères de l’Égypte, à l’abondance, à la multiplicité. On les trouve en particulier sur les tapis du Caire qui ornent l’Hôtel de la reine Catherine de Médicis.  

De toute façon, même les hiéroglyphes fascinent les hommes de la Renaissance. Ils les adoptent et les intègrent à leurs œuvres. Alors que l’antiquité n’avait transmis que très peu de signes, la découverte, en 1419, du manuscrit des Hieroglyphica change tout. Colonna, Rabelais, Alciat se plongent dans cet univers. Ainsi de Pierio Valeriano Bolzani qui publie, en 1556, à Bâle, le Hieroglyphica permet de présenter « une systématisation de la culture symbolique humaniste ».

Cléopâtre, femme imaginaire
Page de titre de Giulio Landi, La Vita di Cleopatra, Venise, 1551, Biblioteca Teresiana de Mantoue, cote : LVXI.A.23. Illustration tirée du livre.
Cléopâtre, femme imaginaire
Tapis floral ottoman provenant du Caire, 1550 ca., laine. New York, Metropolitan Museum of Art. Illustration tirée du livre, Planche III.

Cléopâtre, femme imaginaire : une autre vie sur scène

Les auteurs tragiques italiens sont sensibles au destin de Césarion ou encore des trois autres enfants de Cléopâtre. Ils les mettent en scène plus que les auteurs français. L’évocation des enfants, en tout cas, complexifie la personnalité de la reine et augmente sa dimension tragique.

L’Italie, dès les années 1550, fait donc revivre Cléopâtre sur les scènes de théâtre. Le première tragédie est l’œuvre de Giraldi, vers 1541. Il sonde, en particulier, l’âme humaine prise entre passion et raison. Dès lors, l’auteur tente de montrer la volonté d’agir pour que le bien, la vertu et la rationalité triomphent. C’est ainsi que son écriture dévoile une Cléopâtre qui n’est pas celle de l’inferno de Dante. Au contraire, elle est héroïque et mélancolique, aimant son pays, son mari et ses enfants. Sa mort exalte sa grandeur et son savoir !

D’autre part, Cléopâtre est aussi « la protagoniste de la première tragédie humaniste française ». Emmanuel Buron précise, en outre, que cette tragédie prend « le contre-pied de l’historiographie et de la poésie romaines » en la présentant de manière positive. De son côté, Jodelle montre une Cléopâtre qui acquiert sa liberté par le suicide et « transforme sa défaite en triomphe ».

Finalement, avec le Cléopâtre de Montreux et le Marc-Antoine de Garnier c’est le corps et la passion de la reine qui sont traités. Garnier présente les charmes de sa voix, de ses yeux, de ses seins qui enivrent littéralement Marc-Antoine. Le corps dans sa beauté, chez Garnier, devient « l’enjeu » à extraire de la main des ennemis. Son suicide en est le moyen ! Son corps baigné de larmes fait de l’amante une belle pénitente suscitant l’émotion chez le spectateur. Montreux tente, de son côté, d’introduire de la morale chez cette Cléopâtre. Surgissent alors chez elle la constance, le courage et la force qui dessinent le portrait d’une héroîne expiant.

En guise de conclusion

Avec près de 28 contributions, dont 11 en italien, l’ouvrage dresse un panorama complet de la représentation de Cléopâtre à l’époque de la Renaissance. L’apport littéraire est particulièrement mis en valeur et nous a beaucoup instruit. Mais la peinture, la sculpture et même la numismatique ne sont pas oubliées. On comprend très vite qu’avec la Renaissance un basculement de l’image de Cléopâtre s’opère. Si les auteurs de la Renaissance puisent dans l’antiquité ils n’en sont pas, pour autant, dans une servile dépendance. Au contraire, il donne à voir une nouvelle Cléopâtre. Celle que des historiens, plus récemment, décrivent. L’ouvrage d’une magnifique conception éditoriale est aussi abondamment illustré afin d’offir au lecteur une vue complète de cette Renaissance au prisme de Cléopâtre.

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Quelques mots d’historiographie

En qui ou quoi avoir confiance ?

Évoquer Cléopâtre c’est, pour beaucoup d’entre nous, se référer soit à Elizabeth Taylor dans le film éponyme de Joseph L. Mankiewicz en 1963 ou à la BD non moins célèbre d’Uderzo et Goscinny.  Les deux continuant allégrement de véhiculer nombre de stéréotypes anciens car légende et histoire, même des siècles après, ont bien du mal à se démêler.

Cléopâtre ou, plus exactement Cléopâtre VII philopator nait vers 69 et règne de 51 à 30 av J.C. Les historiens rencontrent plusieurs difficultés pour brosser son portrait. D’abord les sources, comme le souligne Pascal Vernus. Elles sont trop laconiques, même si aujourd’hui s’ajoutent aux documents écrits, les papyrus et les traces archéologiques. Ensuite, les auteurs romains ont construit sa légende noire : les poètes comme Horace, Properce ou Lucain, puis les historiens romains dès la rupture de César avec Octave. Les plus connus s’en mêlent : de Plutarque (fin du Ier) à Pline l’Ancien puis à Suétone en passant par Appien (IIe siècle) ou Don Cassius ou Flavius Josèphe.

Cela dit Eutrope (historien du IVe siècle), souvent oublié, est certainement le meilleur médiateur de la vision stéréotypée de la reine d’Égypte. D’ailleurs, on ne compte pas moins de 300 éditions de son De viris illustribus entre le XVIIIe et le XIXe siècle. Bien au contraire, la Renaissance, avec Landi, propose un autre portrait de Cléopâtre en suivant ici les sources arabes.

 

Aujourd’hui

Maurice Sartre dans Cléopâtre, Un rêve de puissance (Tallandier, 2018), trace l’origine gréco-macédonienne de Cléopâtre et non plus égyptienne. Finalement, il exploite l’ensemble des sources pour mettre en valeur une Cléopâtre parfaitement conscience de son destin particulier. D’ailleurs, les travaux et découvertes récentes des archéologues montrent l’Égypte de Cléopâtre plus développée qu’on ne l’imagine. C’est ainsi que les fouilles sous-marines menées par Frank Goddio et l’Institut européen d’archéologie sous-marine, à partir de 1992, ont permis de cartographier les parties sous-marines de l’ancienne Alexandrie, ses colonnes et ses esplanades et le sol des palais royaux, etc. Mais, à ce jour, le tombeau de Cléopâtre n’a toujours pas été exhumé. Aujourd’hui on pense que sa résidence privée devait être sur la presqu’île de Lochias.

Pour Pascal Vernus, Cléopâtre est d’abord une femme cupide qui aime le « bling bling ». De son côté Christian-Georges Schwentzel (Cléopâtre, la déesse-reine, Payot, 2014) rappelle qu’elle est dépendante de Rome. 

Michel Chauveau insiste sur le fait qu’on ne connaisse rien de l’éducation de Cléopâtre mais on sait qu’elle a écrit le Cosmeticon sur la pharmacologie. Pascal Vernus et Christian-Georges Schwentzel rappelle, quant à eux, que dans ce domaine, elle s’inscrit dans la tradition égyptienne de sa dynastie.

Frédéric Martinez (Cléopâtre, la reine sans visage, 2020) propose de voir, dans sa capacité à séduire, une forme de force pour s’affirmer au milieu d’hommes. Il restitue dans son livre aussi un monde qui caresse le même rêve que Cléopâtre qui souhaitait réunir l’Orient et l’Occident.

Le livre et l’auteur

Le livre

Cléopâtre, femme imaginaire
La mort de Cléopâtre, v. 1560, Huile sur bois.

Riche d’une double identité grecque et égyptienne, victime d’une légende noire orchestrée par la haine de la propagande romaine, Cléopâtre a traversé les siècles et a cristallisé, dans son image aux mille lumières et visages, les fantasmes des époques les plus éloignées. Elle est femme de pouvoir et de savoir, reine bâtisseuse et tacticienne capable de contrôler les rivages de la mer Méditerranée, assoiffée de philosophie, de science et de médecine, mais aussi une vaincue de l’histoire, captive des Romains et de leur propagande agressive. Prisonnière de son destin, elle est devenue l’incarnation de l’aplestos, une vision réadaptée par chaque siècle afin d’y projeter désirs et fantasmes.

La directrice d’ouvrage

Cléopâtre, femme imaginaire
La directrice de l'ouvrage, Rosanna Gorris Camos

Rosanna Gorris Camos est professeure titulaire de Littérature française à l’Université de Vérone. Elle dirige, depuis 2004, le Gruppo di studio sul Cinquecento francese et, depuis 2002, le projet PRIN – Constitution du Corpus du Théâtre français de la Renaissance.

Pour aller plus loin

La collection « Renaissance » est soutenue par le Centre d’études supérieures de la Renaissance (CESR)

Centre d'études supérieures de la Renaissance

Créé en 1956, le Centre d’études supérieures de la Renaissance (CESR) est un centre de formation et de recherche dédié à l’étude de la Renaissance en Europe, de Pétrarque à Descartes et aussi, grâce à de nombreuses collaborations, à l’étude des patrimoines, principalement en Val de Loire. Conformément à cette double vocation scientifique et pédagogique, il a obtenu au cours de son histoire le double statut, unique en France…Lire la suite

France Culture consacre 4 émissions à Cléopâtre : un parcours passionnant qui complète à merveille Hiéroglyphica

En 1963 dans le film éponyme de Joseph L. Mankiewicz, Elizabeth Taylor incarne une Cléopâtre de légendre• Crédits : Universal History Archive/UIG - Getty

De quelles sources les historiens disposent-ils pour aborder une personnalité comme Cléopâtre (69 av. J.-C. – 30 av. J.-C.) ? Comment comprendre la place unique que la dernière reine d’Égypte de l’époque ptolémaïque a prise dans l’histoire ? Quel était le statut des femmes à cette époque ? Emmanuel Laurentin s’entretient avec Bernard Legras, professeur d’histoire grecque à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

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Laurent Dingli analyse

Laurent Dingli analyse Renault et Peugeot dans les années 1936-1940

Laurent Dingli propose une des rares études sur deux grandes groupes industriels – Renault et Peugeot – pendant une époque cruciale de l’histoire de France. Mené sans les archives internes de Peugeot, ce travail se révèle néanmoins remarquable. 

Pour preuve, nous vous invitons à découvrir plusieurs recensions de cet ouvrage dont celle toute récente de la revue « 20 § 21 »

 

Hervé Joly

analyse le livre de Laurent Dingli dans le

 – dernier numéro de la revue 20 § 21 –

 

Un « livre qui a le grand mérite d’analyser très finement deux grandes entreprises stratégiques de l’intérieur dans une période cruciale ».

« Un livre convaincant par son honnêteté sa rigueur. »

 

La recension

Quelques mots de présentation

Laurent Dingli, historien connu pour ses travaux sur l’entreprise automobile Renault, en particulier pour une biographie de son fondateur, propose une histoire comparée avec une autre firme du secteur, Peugeot, dans la période resserrée allant du Front populaire à la débâcle de juin 1940. Souvent débattue, la question qui traverse le livre est celle de la part des industriels privés dans les responsabilités de la défaite. L’idée est de confronter une firme souvent mise en cause à ce titre, Renault, à une autre qui l’est moins, Peugeot. Comme Laurent Dingli le reconnaît lui-même, la comparaison avec Citroën, autre entreprise parisienne, aurait été plus adaptée, mais les sources sont trop lacunaires. 

La situation pour Peugeot n’est pourtant guère plus favorable, dans la mesure où l’auteur s’est vu répondre par les archivistes du groupe PSA qu’il s’agit d’une période trop récente pour laquelle l’accès est réservé à des historiens partenaires ! Laurent Dingli s’en sort cependant par l’exploitation de sources publiques ou syndicales, qui permettent à l’ouvrage d’être solidement référencé, voire trop, avec des notes infrapaginales souvent envahissantes. Sans surprise, la thèse du livre est nettement, même si c’est avec force nuances, de démontrer que dans un contexte difficile, les industriels ont fait ce qu’ils ont pu pour contribuer à la politique d’armement. 

« Un premier long chapitre »

Dans un premier long chapitre, « Crise et renaissance de l’entreprise », l’auteur explique d’abord à quel point le contexte social s’avère difficile pour Renault comme pour Peugeot au cours des années 1936-1938. S’il relativise l’impact des grèves de juin 1936, qui se terminent plutôt par un compromis satisfaisant pour les deux parties, la percée du parti communiste et d’une CGT réunifiée intransigeante entraîne ensuite des conflits incessants qui affectent fortement la productivité. Les patrons, Louis Renault comme la famille Peugeot, y répondent régulièrement d’une manière autoritaire, par des lock-out et des licenciements de masse. Cette dureté patronale n’exclut pas cependant tout sens du compromis.

La main-d’œuvre qualifiée, notamment dans la région de Montbéliard pour Peugeot, n’est pas pléthore : il faut souvent réembaucher les mêmes. Les entreprises acceptent de plus en plus que les autorités publiques se mêlent des conflits, à travers notamment la désignation d’arbitres indépendants comme le prévoit la loi. On voit aussi que les services du personnel, traditionnellement dévolus à d’anciens militaires, évoluent dans leur recrutement pour mieux prendre en compte la dimension de relations sociales. Il existe dans les deux entreprises la tentation de s’appuyer sur des syndicats « jaunes », ou sur des militants d’extrême droite pour contrer l’influence communiste, mais il ne s’agit pas d’une stratégie exclusive. 

Des efforts sont aussi faits pour répondre à certaines revendications à l’évidence justifiées, tant le travail à l’usine est difficile. Si la question de la durée du travail est un enjeu brûlant pendant la période, l’auteur relativise l’impact des quarante heures : à la suite de la crise, le temps de travail était de fait inférieur dans beaucoup d’entreprises. La loi débouche souvent sur un alignement à la hausse.

 

Le deuxième chapitre

Le deuxième chapitre fait apparaître à quel point la mobilisation de septembre 1939 affecte fortement les entreprises, en particulier les plus grandes, avec une part considérable du personnel mobilisé. Les alternatives – recrutement de chômeurs, recours à la main-d’œuvre étrangère ou féminine – ne permettent pas de trouver les qualifications requises. Les entreprises doivent se battre pendant des mois pour obtenir le retour de techniciens indispensables. La répartition des programmes de production se fait aussi difficilement entre les firmes, avec des hésitations sur les modèles de chars notamment. Pour Laurent Dingli, les industriels n’ont pourtant pas traîné les pieds, Louis Renault en particulier ayant renoncé rapidement à ses productions civiles. 

Le troisième chapitre « La production et les hommes » 

Le troisième chapitre « La production et les hommes » montre bien la difficulté de reconvertir dans l’urgence une industrie. Si Renault était déjà un groupe diversifié, avec une importante branche aviation avec sa filiale Caudron, l’engagement tardif de Peugeot dans l’équipement aéronautique ne pouvait être que mineur. Les deux entreprises ont aussi souffert d’un excès de concentration de leur production dans leurs usines-mères, très vulnérables aux attaques aériennes, qui n’aurait pas permis de tenir la guerre dans la durée.

Un dernier chapitre qui fait office de conclusion

Dans un dernier chapitre qui fait office de conclusion, l’auteur souligne que les dés sont déjà jetés en septembre 1940. Les efforts du nouveau ministre de l’Armement Raoul Dautry n’y suffisent pas. Pour Laurent Dingli, la guerre a été perdue bien plus tôt, faute d’un engagement politique antérieur assez fort en faveur du réarmement. Sans grande originalité, il met en avant la responsabilité d’Édouard Daladier, régulièrement ministre de la Guerre dans différents gouvernements des années 1930.

Même si le livre souffre d’un déséquilibre des sources en faveur de Renault, il a le grand mérite d’analyser très finement deux grandes entreprises stratégiques de l’intérieur dans une période cruciale. S’il pèche aussi un peu par l’obsession de l’auteur de dédouaner Louis Renault de ses responsabilités, prenant le contre-pied d’historiens trop influencés à ses yeux par le point de vue longtemps défendu par son neveu par alliance et rival François Lehideux, il est globalement très convaincant par son honnêteté et sa rigueur.


Hervé Joly

Deux autres belles recensions 

du livre de Laurent Dingli

« Ouvrage dense, exigeant, fruit d’un gros travail sur  les archives et dont nous recommandons la lecture attentive. » Lire plus

Jean-François de Andria, de l’association Renault Histoire, a lu l’ouvrage.

« La documentation de cet ouvrage est dense et souvent inédite. » « Mais l’ouvrage vaut surtout par le tableau qu’il dresse de l’interaction et des motifs d’action (ou d’inaction) des différentes parties prenantes. »  Lire plus

Le livre

Laurent Dingli analyse

Mai 36 – juin 40 : rarement l’industrie française aura traversé une période aussi tumultueuse qu’au cours des années qui séparent la victoire du Front Populaire de la débâcle militaire. Pendant ces quatre années, riches en bouleversements, les entreprises vécurent au rythme haletant des conflits politiques et sociaux, de la modernisation des usines, des grèves et des impératifs de la défense nationale. Lire plus