L’énigme Bayard

Bayard a-t-il existé ? Fut-il même chevalier ? Si ces questions peuvent paraître provocantes, elles ont, néanmoins, le mérite de souligner la difficulté de discerner le vrai du faux dans ce personnage héroïsé de l’histoire de France. Elles révèlent aussi l’omniprésence et la force de l’image accompagnant la figure de ce preux chevalier. Autant dire que poser l’énigme Bayard n’est donc pas une forfaiture. Ce livre, « L’énigme Bayard », s’y intéresse en évitant nombre d’écueils et en nous révélant que derrière le personnage c’est une époque qui surgit tel un pont entre ces périodes que sont le Moyen-âge et la Renaissance.  

L'énigme Bayard
Portrait de Bayard, huile sur bois, anonyme, 1476-1524, 1476-1500, 1501-1525. Bayard est vêtu d’un costume d’apparat et porte le Collier de l’ordre de Saint-Michel, © Grenoble, Musée Dauphinois.

L’énigme Bayard : le livre

L'énigme Bayard
François Ier armé chevalier à Marignan, Ernest Lavisse, Histoire de France – Cours élémentaire, Armand Colin, 1913, p. 90.

L’énigme Bayard : l’homme d’armes et le chevalier

L’alerte lancée par Nicolas Leroux sur les montres d’armes (passage en revue) des compagnies a permis d’éclairer l’itinéraire du chevalier et son entourage. Notre héros est d’ailleurs un pur produit des compagnies d’ordonnance qui évoluent sensiblement au tournant du XVIe siècle. Sa carrière se déroule en trois étapes : l’apprentissage dans la compagnie du baron d’Allègre puis du comte de Ligny. Ensuite, il commande en second, pendant 10 ans, la compagnie du duc de Lorraine. En 1522, finalement, il arrive au sommet de sa carrière et devient capitaine d’ordonnance. Il faut en venir maintenant à l’adoubement du roi François Ier par Bayard. Faut-il considérer l’épisode comme anachronique ? Cette question renvoie, en définitive, au travail de l’historien. Ainsi sans vouloir trancher définitivement la difficulté, il convient de poser les éléments pour avoir une vision générale afin d’estimer toute la valeur des arguments. En tout état de cause, une telle évaluation nous montre la vitalité de l’imaginaire médiévale encore à l’œuvre dans cette première modernité. Le monument de Mézières illustre, à sa manière, les péripéties de la destinée et de l’imaginaire du capitaine dauphinois. Bayard y devient un capitaine réputé et honoré. Mais plus encore, notre chevalier est, d’une certaine manière, « l’étendard d’une noblesse touchée jusque dans son identité par les revers italiens » comme le dit Stéphane Gal. Le capitaine devient alors une des clés du dispositif de la guerre du roi contre l’empereur. Il triomphe à Mézières par la ruse et la force tout en démontrant son aptitude à gérer l’effort de guerre. Bayard trouve finalement la mort en Italie. Si on a longtemps pensé qu’un tir d’arquebuse fut à l’origine de la mort du chevalier, aujourd’hui on se demande si l’arme utilisée n’aurait pas été plus légère encore.

L’énigme Bayard : une mémoire qui dure

Si les portraits de Bayard au XVIe oscillent entre le type du courtisan imberbe et du guerrier barbu, ceux de la seconde moitié du XVIIIe vont révéler ses qualités morales comme sa continence et sa vertu dans l’agonie. Quant au XIXe la représentation la plus célèbre est celle de Louis Ducis représentant l’adoubement de François Ier.

On découvre aussi, au travers d’une étude inédite sur les chansons, Bayard parmi les chants de guerre de son temps ! Du côté espagnol, Bayard était même considéré comme un ennemi respectable. D’un autre côté, Symphorien Champier, son premier biographe, en fait un héros des Alpes. D’ailleurs avant la Renaissance, la montagne était perçue comme un monde horrifique et agressif, entre « répulsion et fascination ». Champier renverse ce regard. Il évoque pour cela autant le mont Aiguille que la vallée du Grésivaudan que Louis XI qualifiait de « plus beau jardin qui fust au monde ». Grâce à Champier et au travers de Bayard et des Allobroges, les Alpes héritent d’une image positive. Avec son Bayard, Champier fait de la montagne un espace noble et sage.

L'énigme Bayard
Joseph Chinard, Dessin pour un monument à Bayard, coll. part., publié par Patrick Michel, « Joseph Chinard et son projet de monument à Bayard », BSHAF, 1993, p. 131-139.
L'énigme Bayard
Aristide Croisy (1840-1899) le chevalier Bayard, 1895, bronze, Charleville-Mézières. Effigie inspirée par l’armure du musée de l’Armée.

L’énigme Bayard : si Bayard nous était conté

Pierre de Terrail est inséparablement lié à son armure. Pourtant, ses biographes ne nous en livrent rien et il faudra les revendications muséales de son harnois pour que l’image militaire surgisse. Cette armure nous échappe bien sûr même si l’armure dite Bayard des mannequins de la Galerie du Costume de guerre du musée d’Artillerie (1876) continue aujourd’hui d’en inspirer les représentations. Lui, en revanche, ne put être inspiré par la tapisserie de la Guerre de Troie contrairement à ce qui a été parfois véhiculé. Bayard incarnait une idée de « l’ancienne chevalerie » dans l’univers collectif allemand du XVIIIe siècle notamment dans la noblesse. Qu’il fut français ne les dérangeait pas, car par ses valeurs il transcendait les frontières. Ces mêmes valeurs se trouvaient d’ailleurs aussi exaltées par la République des lettres au XIXe siècle. Il est même adopté par les romantiques, car il est sincère, sensible. Bien sûr la prégnance de Bayard dans la mémoire, le paysage et l’imaginaire de la ville de Mézière est évidemment incontestable aujourd’hui encore comme l’illustre la récente inauguration du square Bayard, le 9 octobre 2005, pouvu de la statue de Bayard d’Aristide Croissy. Bayard survit aussi au travers de la figure d’éducateur du peuple qui voit le jour à la fin du XIXe siècle. Tous s’en réclament et voient dans la convergence de l’éthique nobiliaire et de la morale chrétienne le fondement d’un idéal de « perfection morale propre à servir de modèle à la figure naissante du citoyen ».

Conclusion :

Bayard se révèle, au total, un vrai professionnel des guerres de son temps alors que paradoxalement il apparaît comme « l’incarnation d’une éthique dépassée ». La contradiction n’est qu’apparente comme le démontre ce livre qui pointe les représentations comme des processus historiques. Au XVIIe, Bayard continue d’être l’exemple du courage quand l’outil militaire développe, en même temps, la discipline et la modération. Irrémédiablement Bayard se révèle un héros polyvalent !

Le livre et l’auteur

Le livre

L'énigme Bayard

Bayard, chevalier sans peur et sans reproche, demeure un personnage central de la mémoire européenne des premières Guerres d’Italie. Son histoire reste pourtant largement tributaire des deux biographies chevaleresques rédigées dans les années 1520 par Symphorien Champier et Jacques de Mailles dit le Loyal Serviteur. Lire la suite


Les deux directeurs

Benjamin Deruelle est Professeur d’histoire moderne à l’niversité de Québec à Montréal. En savoir plus

L'énigme Bayard

Laurent Vissière est Professeur d’histoire médiévale à l’université d’Angers. Pour en savoir plus

Pour aller plus loin

L’association « Les amis de Bayard »

L’association « Les amis de Bayard », fondée en 1938, mérite toute notre attention car elle tente, malgré de nombreux obstacles et peu de moyens, de conserver non seulement la mémoire du chevalier mais aussi de favoriser la recherche historique scientifique autour de leur héros éponyme. Il nous semblait donc juste de souligner ici leur travail et de leur faire place.

L'énigme Bayard

Les pères fondateurs en sont Henry Bordeaux, académicien, et Marcel Giraud, maire de Pontcharra. Découvrir plus

Boire avec les morts : garder autrement les liens

Boire avec les morts : garder autrement les liens
Vieilles femmes buvant à un mariage de la chicha dans des tutumas qu’elles plongent dans le seau.

Ce travail est le fruit de sept années d’immersion dans la communauté paysanne quechua de Qhoari (Bolivie). L’auteure décrit ici les moments singuliers de la vie sociale où l’excès est le garant de la cohésion du groupe. Mais que signifie cet excès ? Il s’agit de la démesure dans l’ingestion de la nourriture et surtout de la chicha ; cette boisson épaisse fermentée à base de maïs qui est au cœur des rituels funéraires andins. Le débordement physique s’ajoute ici au débordement des sens !

Petite incursion dans un livre étonnant

L’ivresse silencieuse

La perte d’un membre impose la mise en place de tout un protocole pour assurer le bon déroulement de toutes les funérailles qui vont culminer à la Toussaint. Toutes ces étapes constituées de gestes rituels précis sont fondamentales pour assurer la bonne « fabrication du mort ». C’est ainsi qu’il pourra accomplir sa destinée : renaître dans l’autre vie et devenir un ancêtre, un mort ancien. Pour cela, on lui fournit de la nourriture, de la boisson, mais il lui faudra au moins trois ans pour saisir tous les usages de son nouveau monde.

Si les morts reviennent à la Toussaint, c’est pour partager la vie des humains. Ainsi l’évènement est bien à lire dans cette réciprocité qui unit les vivants et les morts. Les vivants favorisent ainsi le passage vers l’ancestralité. Par exemple, en les nourrissant ou en organisant des fêtes pour eux. En outre en citant leurs noms dans les prières, les vivants contribuent à faire vivre la mémoire des morts. De leur côté, les ancêtres veilleront sur la météo et sur le destin pour que tout favorise les vivants.

Les passerelles entre ces deux mondes s’établissent par l’ivresse, le songe, la prière. On peut citer aussi le fait de nommer les défunts ou de parler directement avec eux. Tout cela assure la fluidité des relations et « l’assurance réciproque du bien-être de l’autre ».

Boire avec les morts : garder le contact autrement
La chicha doit fermenter pendant quelques jours dans de grands wirk’i.

La mémoire des morts et l’ivresse

En Quechua, comme en Aymara, le futur est derrière soi alors que le passé est devant nous. L’alcool peut donc permettre de projeter le buveur dans une époque ancienne, de le renvoyer auprès de ses ancêtres ; bref, « de le renvoyer dans une mémoire longue ». Seuls quelques chamanes (ou guérisseurs) comme les Curanderos peuvent entrevoir l’avenir.

Ces agapes avaient, au début de l’époque coloniale, des allures de contestations. Les mouvements messianiques ou les borracheras (ivresse qui désigne aussi le boire collectif) favorisaient la communication assidue avec les wak’a (supplication pour obtenir la multiplication des troupeaux). Aujourd’hui la contestation est différente mais elle existe, car continuer ces pratiques revient à défier les édits municipaux interdisant l’alcool à la Toussaint.

Cette date est marquée, dans tous les cimetières, par des scènes orgiaques où coule la chicha et où l’on consomme les mets cuisinés.

En outre, on assiste ces dernières années à un néo-culte aux têtes de mort (natitas). On leur fait des offrandes et, en retour, on attend des bienfaits. Même l’Eglise catholique a cessé de lutter contre cet héritage et tente de le christianiser en utilisant les images du corps et du sang de Christ.

Boire permet à ces populations de s’affranchir des carcans et de retrouver une certaine liberté par le langage et le rêve. En se laissant emporter par ceux-là, les buveurs retournent vers des temps qui auraient été baignés d’harmonie et de confiance.

Boire avec les morts : garder les liens autrement
Le cercueil traverse la rivière à dos d’homme.
Boire avec les morts : garder les liens autrements
Les moutons mangent la q’owa fumante qui leur était offerte, avant d’êtres tués

Le corps ouvert et sacrifié

Il faut d’abord repenser la question du corps. Ce dernier est conçu comme un reflet de la nature anthropomorphisée. Ainsi, il apparaît comme un système hydraulique dont les flux doivent être permanents. Une rupture entraînerait un isolement de l’homme, une non-correspondance rituelle.

Alors les dieux et démons se dessécheraient ce qui signifie la mort et, par conséquent, la mort de l’homme. Voici donc que les offrandes sont là pour éviter l’accomplissement de ce cycle infernal. Ces présents sont de toutes sortes et doivent nourrir Pachamama et sa cour de diables. C’est ainsi que l’homme est leur lien, car c’est bien cette nature animée qui le nourrit. Mais le don ne suffit pas pour assurer l’harmonie. En effet cela dépend aussi de l’état psychologique de l’individu, car s’il est trop faible, il peut être emporté par ces êtres.

 

Boire avec les morts : garde le contact autrement
Corps en déséquilibre, les yeux peinant à rester ouverts, les gestes mal coordonnés.
Homme sacrifice, affalé à cause de l’ivresse plutôt que des coups. T’inku

Il faudra alors des offrandes q’owa et ch’allas pour retrouver son état animique. Toutes les offrandes sont là pour favoriser cette communication des deux espaces. Quand l’homme offre son corps sacrifié détruit par l’alcool c’est pour mieux renforcer cette communication : offrandes brûlées en holocauste, dons de couleurs, de musiques, de danses, de séductions, de ch’allas puis sacrifice de soi. Alors « ces êtres malicieux, capricieux qui aiment à se laisser séduire » écouteront peut-être. L’alcool versé et bu assure, au final, la liaison entre les deux mondes.

Voici un livre étonnant à tous points de vue. D’abord par la richesse documentaire produite, ensuite par la profondeur de l’analyse qui ne bascule jamais dans le simplisme, enfin par la richesse d’une iconographie ancrée dans ces communautés. Cette étude se révèle incontournable pour qui veut comprendre ces autres sociétés, mais aussi parce qu’elle interroge un rapport à la mort souvent exclu de nos sociétés occidentales.

Le livre et l’auteur

Le livre

L'ivresse rituelle et festive

Engager une anthropologie de l’ivresse rituelle et collective dans un contexte festif – notamment funéraire – andin s’avère un champ de recherche fécond et fascinant tant la chicha, cette boisson épaisse de maïs fermenté, contient tout un monde de significations. L’ivresse qu’elle provoque favorise diverses formes de mise en relation avec le monde animé environnant et avec les morts.  Lire la suite

L’auteur

L'ivresse rituelle et festive

Céline GEFFROY est anthropologue. Elle a ainsi vécu pendant 22 ans en Amérique latine, au Chili quelques mois puis en Bolivie. Elle a donc mené plusieurs travaux dans les Andes autour des notions de réciprocité, de migration, de politique et finalement, ses recherches l’ont menée vers l’étude de l’ivresse. Après avoir été enseignante-chercheuse contractuelle aux Universités de Nice et de Brest, elle est actuellement anthropologue au sein du Groupe SEB. Pour en savoir plus

Pour aller plus loin

Pour situer un peu mieux le contexte général, ce reportage nous propose la découverte de tout un peuple et de ses traditions

L’ultra-bref

L’utra-bref, la fulgurance voici des termes et des réalités liées indubitablement entre elles. L’ultra-bref ou le temps de la fulgurance dévoile ce lien indissoluble entre un mot, une phrase et l’instantané. Mais cette concision, y compris dans l’art, peut aussi transformer l’instant en un temps suspendu. Les oeuvres, par exemple, d’Ernest Pignon-Esnest, bien qu’éphèmères s’inscrivent dans la mémoire des passants, dans leur expérience et deviennent, par là-même, presque « une éternité de la mémoire ». Ce livre nous plonge dans ces interdépendances et interactions passionnantes dans tous les univers des arts : littérature, peinture, cinéma, etc.

L'ultra-bref
Paolo et Fransceca d'Ingres

L’ultra-bref : au commencement était la fulgurance

La fulgurance en poésie est une réalité récente finalement. Il faut attendre la seconde moitié du XIXe siècle pour que des sources d’exultation soient rattachées aux petites unitées d’un texte : locutions, mots…

Du reste, on le voit bien dans le récit de la Genèse le mot fulgurance à une dimension performative qui se manifeste par l’événement. D’ailleurs, création, fulgurance de la parole divine et humaine sont concomittantes.

L’études des noms propres qui vient ensuite est particulièrement stimulante. Emmanuel Vernadakis les présente comme des microfictions grâce à leur potentiel poétique et narratif. Mais il pointe aussi leur caractère performatf notamment chez les hébreux, les premiers chrétiens ou au XIXe siècle lors du développement de l’invention des sciences humaines.

La micro fiction, étudiée ensuite, dévoile sa fulgurance en jouant de l’effet de bric-à-brac, d’humour et de cruauté. On le voit, en particulier, chez Fénéon, Sternberg et Jauffret.

Dans un dernier chapitre Anne Teller révèle les exigences et l’efficacité des récits brefs grâce au refus de la pesanteur, au jeu virtuose de la langue et à la simplicité !

L’ultra-bref : mise en scène de fulgurance textuelle.

Une première étude s’attache à montrer comment dans Jacques le fataliste, la fulgurances des réparties des personnages. Leurs énoncés fugaces par l’insertion de maximes et de récits bref dans le récit principal favorise l’expressivité! Voici que cette esthétique de l’oralité permet une théatralisation du roman !

L’étude qui suit se penche sur Bass et sa manière de restituer les apparitions et disparitions des animaux sauvages par petits touches et effet de suggestion. En outre sa perspective écologique créé ainsi une véritable « poéthique de la fulgurance » qui met en lien chasse, écriture et lecture.

On se penche ensuite sur l’oeuvre de Pascal Quignard qui par le choix du petit, ses Petits traités, souhaitre restituer la multiplicté des facettes du monde contemporain en utilisant la fragmentation et le morcellement. Pour cel, il entremême récits succincts, voire inachevés et fragments discursifs;

L’étude des haikus produit par les poilus pendant la Grande Guerre montre l’exploitation et le renouvellement complet de cette forme tant dans l’esthétique que dans les thématiques. La fulgurance de l’expérience douloureuse de la guerre y surgit et, en particulier, de l’explosion.

Enfin, « La Fausse monnaie » de Baudelaire approfondit la notion de don, celle de spartia tout spécialement, que Baudelaire croit déceler chez son ami. Précisement, dans ce poème prose, la fulgurance surgit de ce don avare et « fallacieux » et dans le brevet, bref et fulgurant par définition, que Baudelaire pensait décerner !

 

Scène de la guerre 1914-1918

L’ultra-bref : arts vivants, arts visuels

Pour débuter cette section, on se penche sur les « tragédies en deux répliques » d’Achille Campanile. La tragédie se joue ici en deux répliques basées sur des blagues.

L’autre étude s’intéresse aux performances sur scène et notamment à la danse. D’ailleurs le chapitre consacré à « une minute de danse par jour » de l’artiste Nadia Vadori-Gauthier dévoile comment le très bref s’inscrit dans une série continue. En effet, Nadia Vadori-Gauthier poste elle-même cet « instant » de danse qu’elle produit là où elle se trouve (voir la vidéo ci-après). Cette minute marque pour elle un engagement après les attentats de Charlie Hebdo.

Par ailleurs, l’approche de Stendhal et du salon de 1824 révèle cette place du bref aussi en peinture. Ainsi, il prend la défense des petits tableaux présentés qui sont présentés car il les estime fulgurants dans la forme, la manière et le sujet. Voici donc une esthétique révolutionnaire fondée sur la concision, la simplicité et l’intensité. 

Enfin, l’étude menées sur le travail d’Ernest Pignon-Ernest pointe la fulgurance produit par ses affiches sérigraphiées placées dans des espaces urbains divers stupéfie le passant à divers titres  ! 

L'ultra-bref
Naples, Antonietta : Photos publiées avec l’aimable autorisation de © Ernest Pignon-Ernest et Philippe Poivret

Ultra-bref : brievetés audiovisuelles. 

 

La première étude consacrée à l’usage des smartphones développe l’idée de l’émergence d’une nouvelle fonctionalité de la photographie. Cette dernière opère, peu à peu, un glissement de la trace mémorielle, bien démontrée par Barthes, vers un présentisme accentuée au service d’un mise en valeur de soi. 

On suit après, l’étude consacrée au journaliste auodidacte Edward R. Murrow. Ces billets radiophoniques de 1940 à 41 ont eu un impact considérable sur les américains et leur engagement dans la Seconde Guerre mondiale.

L’autre étude sur les bande-annonces des films se révèle stimulantes sur ces nouveaux paratextes du film. Leurs constructions, par rapport aux films, révèlent des stratégies bien maîtrisées qui resserrent ou distende les liens entre les deux formes filmiques. Au final, elles deviennent un genre autonome. 

L’analyse de Mindhunter montre comment l’esthétique de la fulgurance permet d’apprivoiser l’horreur.

Pour terminer, on se penche sur les très courts métrages de moins de deux minutes. Ceux-ci jouent sur une esthétique visuelle nourrie d’expérimentation ou sur une poétique narrrative semblable à celles des micro-nouvelles. Ces très très courts métrages fulgurent par leur capacité à marquer les esprits.

Le livre et l’auteur

Le livre

Sidération ! Fascination ! La forme brève dans la littérature, la danse, la photo, le cinéma ou les arts visuels relève de la fulgurance. Elle tient de la performance et de l’éphémère, elle suspend l’instant et exacerbe le détail et l’infime pour créer un choc chez son public.
Quelles sont les forces et les limites de la forme brève ? Lire plus

Les auteures

Karima Thomas est maître de conférences en études anglophones. Elle est, par ailleurs, membre du CIRPaLL, elle est spécialiste d’Angela Carter et des formes brèves (nouvelles, séries, fan-fictions, fan-trailers). Lire plus

Cécile Meynard est professeur de littérature française à l’université d’Angers. Elle est aussi co-pilote l’axe « Nouvelles et formes brèves » du laboratoire CIRPaLL. Lire plus

Pour aller plus loin

Une minute de danse par jour Un projet quotidien de performance initié le 14 janvier 2015 Nadia Vadori-Gauthier